22/05/2013
Dans vos kiosques en 1954
LES PERIODIQUES :
Une nouvelle revue a vu le jour à la fin de l'année. Baptisée Cinéma 55, elle est dirigée par Pierre Billard et publiée par la Fédération Française des Ciné-Clubs. Dans ses deux premiers numéros, elle propose des critiques des films à l'affiche, mais aussi des textes de Jean Painlevé, Jean Epstein, Marcel L'Herbier et Pierre Bost, un ensemble sur Le Rouge et le Noir de Claude Autant-Lara, un entretien avec Jacques-Yves Cousteau, un dossier sur le cinéma allemand (notons les contributions de Lotte Eisner et de Chris Marker) et un autre sur Jean Renoir, annonçant la sortie prochaine de French Cancan.
Dans les neuf numéros d'Image et Son publiés en 1954, se sont succédées à nouveau critiques et fiches filmographiques. Frédéric Laurent a abordé l'œuvre de Claude Autant-Lara, celle d'Yves Allégret et celle de Jean-Paul Le Chanois. Jean Mitry a poursuivi son étude historique du cinéma russe et Barthélemy Amengual a réfléchi aux rapports entre cinéma et théâtre. Ont été également publiés des textes sur le costume, le court métrage, le cinéma japonais, la critique, le film d'art et de sport, la télévision à l'étranger (Etats-Unis, Belgique, Italie) ainsi que sur Maria Casarès, Georges Franju, Laszlo Benedek et Jean Renoir.
Nouvellement assossiée aux Editions de Minuit, la revue Positif a encore eu du mal à tenir un rythme régulier de parution : trois numéros seulement cette année. Le Mexique était à l'honneur au printemps, pour un ensemble regroupant des écrits d'Etiemble, de Georges Sadoul, de Raymond Borde (dubitatif sur l'œuvre d'Emilio Fernandez), la reprise d'un texte de John Steinbeck, la défense des Orgueilleux d'Yves allégret (accompagnée de propos de Gérard Philipe) et des lignes négatives sur Le Filet (Fernandez) et Viva Zapata ! (Kazan). Luis Buñuel était ensuite l'objet de toutes les attentions. Après une étude d'Un Chien andalou par Jacques Demeure, se déroulait sur douze page un texte collectif sur El prenant valeur de manifeste. Il semblerait que le ton change dans la revue : sans aucun doute à la suite de l'arrivée d'Ado Kyrou et de Louis Seguin, la virulence accompagne la promotion d'un cinéma doté d'une conscience sociale et morale, d'un cinéma où la technique n'est pas gratuite, d'un cinéma libéré par l'amour (fou) et l'anticléricalisme.
Une nouvelle rubrique apparaît, "Les infortunes de la liberté", sur le problème de la censure (sous toutes ses formes). Bernard Chardère s'entretient avec Jean Grémillon sur L'Amour d'une femme. Chris Marker se fait alarmiste sur le cinéma ouest-allemand. Trois films d'Alberto Lattuada, La Provinciale de Mario Soldati et Les Vitelloni de Federico Fellini sont défendus, tandis que les avis sont partagés sur Le Blé en herbe d'Autant-Lara, que Tant qu'il y aura des hommes est rejeté et que le "néo-formalisme" de Monsieur Ripois (Clément) et de Touchez pas au grisbi (Becker) est qualifié d'"insignifiant".
Au deuxième semestre, l'étude de plusieurs aspects du cinéma américain a occupé deux numéros. Ont été abordés à cette occasion le film social et le cinéma miltant, l'épouvante et la science-fiction (par F. Hoda), l'avant-garde (par Lotte Eisner), le dessin animé (par Robert Benayoun, faisant l'éloge de Freeleng, Avery et Bosustow), la comédie musicale (l'érotisme par Kyrou, Vincente Minnelli par Etienne Chaumeton, Gene Kelly par Michel Perez), le western (les récents La Cible humaine, L'Homme des valées perdues, L'Appât, Vaquero par Jacques Demeure, les premiers John Ford par Jean Mitry). On y lit également des propos de Paul Strand, l'inquiétude de Pierre Billard sur le tournant pris par Fred Zinnemann, un article sur Jules Dassin et surtout un texte collectif polémique sur "Quelques réalisateurs trop admirés" (voir ci-dessous).
Par ailleurs, Ado Kyrou à rendu compte du festival de Cannes en retenant principalement les présentations des Cinq de la rue Barska, de Comicos, de La Porte de l'enfer, de Chronique des pauvres amants et des films d'animation tchèque, soit les mêmes choses qu'André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze pour les Cahiers du Cinéma.

De leur côté, ces mêmes Cahiers ont accueilli très favorablement, au fil des mois, Le Petit fugitif (Ashley, Orkin et Engel), Un si doux visage et Rivière sans retour (Preminger), La Furie du désir (Vidor), Monsieur Ripois, La Vie d'Oharu (Mizoguchi), Touchez pas au grisbi, Vacances romaines (Wyler), L'Amour d'une femme, Les Vitelloni, Une Femme qui s'affiche (Cukor), L'Equipée sauvage (Benedek), Règlement de comptes et La Femme au gardénia (Lang), La Provinciale, La Louve de Calabre (Lattuada), El et Les Aventures de Robinson Crusoë (Buñuel), La Tour des ambitieux (Wise), Le Rouge et le Noir, Les 5000 doigts du Dr T (Rowland). Ont laissé place à un peu plus de réserve les critiques de Moulin Rouge (Huston), des Orgueilleux, du Blé en herbe, du Filet, du Manteau (Lattuada), de Monika (Bergman) et de La Porte de l'enfer (Kinugasa). Plus que mitigées sont celles consacrées à Tant qu'il y aura des hommes, L'Air de Paris (Carné), Ouragan sur le "Caine" (Dmytryk), Les Lettres de mon moulin (Pagnol) et Mogambo (Ford). L'Affaire Maurizius de Duvivier est démontée et Barbe-Noire le Pirate (Walsh), Pain, amour et fantaisie (Comencini) et Tous en scène (Minnelli) n'ont droit qu'à quelques lignes.
Avant que l'année ne se termine avec un numéro spécial "L'Amour au cinéma", Raymond Jean sera revenu sur Les Vacances de M. Hulot, André Bazin aura mesuré l'efficacité et les limites du cinéma d'André Cayatte, Lotte Eisner aura étudié L'Opéra de quat'sous et ses adaptations, Pierre Michaud le film d'art, Jacques Doniol-Valcroze la place de la femme dans le cinéma français, Lo Duca les cinémas cubain et mexicain. Abel Gance a écrit sur sa "Polyvision", Herman G. Weinberg a poursuivi ses envois de "Lettres de New York" (pour des jugements souvent détonants), un dossier sur le cinéma italien a été composé (propos de Cesare Zavattini, textes d'Henri Langlois, de Philippe Demonsablon sur Luchino Visconti, d'André Bazin sur Vittorio De Sica), une rubrique "tournante" a été inaugurée ("Petit journal intime du cinéma"), la rédaction d'un billet mensuel a été confiée à Jacques Audiberti, et une nouvelle série d'opinions sur le Cinémascope a été dévoilée.
C'est un euphémisme d'écrire que l'année, aux Cahiers, n'a pas été calme. Publié en janvier, le texte de François Truffaut, "Une certaine tendance du cinéma français", a fait sensation (lire ci-dessous). Plus tard, les tractations cannoises autour de Monsieur Ripois ont également produit des vagues. Jacques Doniol-Valcroze a contesté l'interprétation de El faite par Positif... comme celle de Michel Dorsday dans sa propre revue. Avant de donner à lire la note de François Truffaut sur l'Histoire du cinéma de Bardèche et Brasillach (note dans laquelle le jeune critique des Cahiers écrit notamment : "Les idées politiques de Brasillach furent celles aussi de Drieu La Rochelle : les idées qui valent à ceux qui les répandent la peine de mort, sont forcément estimables"), Doniol-Valcroze, encore, a averti le lecteur : "Je ne peux, pour ma part, laisser paraître dans une revue dont je suis co-rédacteur en chef un article sur ce livre sans en signaler l'inacceptable aspect néo-fasciste et le puéril et odieux antisémitisme." Pierre Kast, de son côté, a profité de son éloge de L'Equipée sauvage pour critiquer Truffaut le long de trois paragraphes (nous mettant ainsi la puce à l'oreille : ce Robert Lachenay, responsable, entre autres textes, d'une notule provocatrice consacrée à Si Versailles m'était conté, ne serait-ce pas Truffaut lui-même ?).
A l'automne, "l'école Schérer" regroupant les "jeunes" des Cahiers a réussi un coup : faire publier un numéro entièrement consacré à Alfred Hitchcock. Dans son papier introductif, Maurice Schérer annonce la couleur : "Qu'on ne s'étonne point trop de trouver au lieu des mots de travelling, cadrage, objectif, et tout l'affreux jargon des studios les termes plus nobles et plus prétentieux d'âme, de Dieu, de diable, d'inquiétude ou de péché". Suivent alors des textes de Claude Chabrol sur le mal et de Jean Domarchi sur Les Amants du Capricorne, des notes de Truffaut et, plutôt que des entretiens, des récits de tentatives plus ou moins fructueuses d'"accouchement" par Bazin et Chabrol soumettant le maître à la question.
Enfin, la publication de quatre grands entretiens a achevé de faire des livraisons de cette année un corpus d'importance : celui de Bazin et Doniol-Valcroze avec Luis Buñuel, celui de Schérer et Truffaut avec Rossellini, ceux de Rivette et Truffaut avec Jacques Becker puis avec Jean Renoir (celui-ci prenant, sur deux numéros, pas moins de 37 pages et portant sur la carrière de Renoir depuis La Règle du jeu).
(Edouard S.)
LES TEXTES CRITIQUES :
"L'Age des metteurs en scène"
par Jacques Rivette dans les Cahiers du Cinéma n°31, janvier 1954
Extrait :
"L'histoire de la mise en scène se confond, semble-t-il, avec l'exploration forcenée de cet étroit couloir d'espace qui se refermait jusqu'alors sur l'œil du cinéaste dès qu'il se pencahit sur l'œilleton (qu'était le plus large angulaire, devant l'impatience de son regard, embrassant d'un éclair des paupières l'ampleur de la scène et de l'espace ?), mais aussi avec l'obsession, qui parcourt secrètement l'œuvredes plus grands, d'un étalement, d'un éploiement de cette mise en scène, le désir d'une perpendiculaire parfaite au regard du spectateur : de Naissance d'une nation au Carrosse d'or, du Murnau de Tabou au Lang de Rancho Notorious, cette utilisation extrême de la largeur de l'écran, des écarts des personnages, des vides gonflés par la crainte ou le désir, comme des mouvements latéraux, me semble, bien plus que la profondeur, la langue des metteurs en scène de race, et le signe de la maturité et de la maîtrise : voyez comment Renoir passe de Madame Bovary ou La Règle du jeu au Journal d'une femme de chambre et au Fleuve ; si le cinéma, suivant le mot de Bresson, est l'art des rapports, c'est donc celui d'abord des affrontements, des regards, des distances et de leurs variations, inappréciables avec précision en profondeur ou plus confuses. L'utilisation de la profondeur, où un regard déformant impose aux protagonistes un plus et un moins souvent arbitraires, que dominent la disproportion, les démesures, la dérision, n'est-elle pas liée au sentiment de l'absurde, - mais celle de la largeur à l'intelligence, à l'équilibre, à la lucidité et, par la franchise des rapports, à la morale ? voilà-t-il un aspect du conflit éternel du baroque et du classicisme ? et la grande mise en scène, comme la grande peinture, serait-elle plate, n'employant la profondeur que par encoches, non par trouées ?
(...) Depuis quarante ans, les maîtres ont montré les voies ; nous ne saurions renier leur exemple, mais l'accomplir enfin. Oui, notre génération sera celle du Cinémascope, celle des metteurs en scène, enfin dignes de ce titre : mouvant sur la scène illimitée de l'univers les créatures de notre esprit."
"Un chef d'œuvre : El (Lui) de Luis Buñuel"
Positif n°10, mai 1954
Extrait :
"Buñuel est un homme franc ; il parle (ou il tourne un film) sans qu'il se soit préalablement dit : "Je dirai ceci, je prouverai cela." Seuls ceux qui n'ont rien à dire procèdent ainsi. Buñuel parlant ou tournant ne peut qu'exprimer son monde personnel, sa propre richesse. Il ne manquera donc pas d'"âmes charitables" pour lui faire dire dans des interviews qu'il n'a fait que tourner, sans nullement se préoccuper de problèmes et les mêmes messieurs, se frottant les mains, s'empresseront de dire que nous inventons des choses jamais mises par Buñuel dans son film et que (cela avec plus de discrétion) Buñuel lui-même ne dit rien. Pauvres crétins, aveuglés par leur misérable petit esprit éclectique ; ils ne savent pas qu'un honnête homme, s'il aime - une fois pour toutes - l'amour, s'il hait - une fois pour toutes - les forces d'oppression, avec en tête l'église, ne pourra que prendre à chaque moment parti pour l'amour contre l'église. Buñuel étant Buñuel, il rendra toujours un curé odieux (cela s'appelle d'ailleurs : réalisme), proclamera toujours que la première révolte est l'amour, et cela peut-être inconsciemment. Il ne peut pas faire autrement. Ainsi un homme amoureux ne peut que désirer la femme qu'il aime et un homme affamé ne peut qu'haïr son patron exploiteur. L'honnêteté ne se commande pas.
El est l'exemple parfait du film honnête, il est en plus un film de Buñuel. El est donc le film qui retrace un effort passionné pour l'accomplissement d'un amour fou. Il est, pour cette raison, la prolongation de L'Age d'or."
Et aussi dans les Cahiers du Cinéma :
"Vertus cardinales du Cinemascope" par Maurice Schérer, n°31, janvier 1954
"L'étrange comique de Monsieur Tati" par Barthélemy Amengual, n°32, février 1954
"L'essentiel" sur Un si doux visage par Jacques Rivette, n°32, février 1954
"L"amour aux champs" sur Le Filet par Robert Lachenay, n°32, février 1954
"Destin du cinéma italien" par Henri Langlois, n°33, mars 1954
"Qui naquit à Newgate..." sur La Vie d'Oharu, femme galante par Philippe Demonsablon, n°33, mars 1954
"Les truands sont fatigués" sur Touchez pas au grisbi par François Truffaut, n°34, avril 1954
"L'amour d'un homme" sur L'Amour d'une femme par Jean-José Richer, n°35, mai 1954
"La cybernétique d'André Cayatte" par André Bazin, n°36, juin 1954
"Les Martiens ont débarqué" sur L'Equipée sauvage par Pierre Kast, n°36, juin 1954
"Un réalisme méchant" sur La Femme au gardénia par Maurice Schérer, n°36, juin 1954
"Une tragédie de la vanité" sur La Provinciale par Jean Domarchi, n°37, juillet 1954
"A propos du Carrosse d'or" par Philippe Demonsablon, n°38, août-septembre 1954
"Le meilleur des mondes" sur Les Hommes préfèrent les blondes par Maurice Schérer, n°38, août-septembre 1954
"Hitchcock devant le mal" par Claude Chabrol, n°39, octobre 1954
"Le fil du rasoir" sur La Tour des ambitieux par Philippe Demonsablon, n°40, novembre 1954
Et aussi dans Positif :
"Deux époques du film social aux Etats-Unis" par Raymond Borde, n°11, septembre-octobre 1954
"Du respect pour les pommes" sur Les Bas-fonds de Frisco et Les Forbans de la nuit par Madeleine Vivès, n°11, septembre-octobre 1954
"Sur Les Vitelloni" par Bernard Chardère et Roger Tailleur, n°11, septembre-octobre 1954
"Bilan du nouveau dessin animé" par Robert Benayoun, n°12, novembre-décembre 1954
"Notes sur l'érotisme des films dansés" par Ado Kyrou, n°12, novembre-décembre 1954
LES POLEMIQUES :
"Une certaine tendance du cinéma français"
Publié en janvier 1954 dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma, le texte de François Truffaut fut en fait rédigé bien plus tôt au cours de l'année précédente. Jacques Doniol-Valcroze et André Bazin, co-rédacteurs en chef de la revue, craignaient (à juste titre) le déclenchement d'une tempête dans la profession et avaient tenté à plusieurs reprises de "raisonner" leur jeune collègue. S'ils finirent par lui céder, ce ne fut donc pas sans réticence et s'ils finirent par mettre son pamphlet au sommaire, ce ne fut pas sans placer dans les premières pages un autre texte polémique de Doniol-Valcroze sur la femme dans le cinéma français (texte qui fut totalement éclipsé par celui de Truffaut) et un éditorial prudent. Ce dernier se terminait sur ces mots : "Nous acceptons volontiers de voir récuser la forme pamphlétaire de certaines appréciations mais nous espérons qu'au delà du ton, qui n'engage que les auteurs, et en dépit peut-être de tels jugements particuliers, toujours individuellement contestables et sur lesquels nous sommes loin d'être tous d'accord, on reconnaîtra au moins une orientation critique, mieux : le point de convergence théorique qui est le nôtre."
Truffaut démarre son texte ainsi : "Ces notes n'ont pas d'autre objet qu'essayer de définir une certaine tendance du cinéma français - tendance dite du réalisme psychologique - et d'en esquisser les limites. Si le cinéma français existe par une centaine de films chaque année, il est bien entendu que dix ou douze seulement méritent de retenir l'attention des critiques et des cinéphiles, l'attention donc de ces Cahiers. Ces dix ou douze films constituent ce que l'on a joliment appelé la Tradition de la Qualité, ils forcent par leur ambition l'admiration de la presse étrangère, défendent deux fois l'an les couleurs de la France à Cannes et à Venise où, depuis 1946, ils raflent assez régulièrement médailles, lions d'or et grands prix."
Pour s'attaquer à ce cinéma, il choisit l'angle du scénario et démonte un système d'adaptation, celui, précisément, d'un fameux tandem : Jean Aurenche et Pierre Bost. Son premier reproche est celui de l'infidélité à l'esprit des œuvres littéraires. "De l'adaptation telle qu'Aurenche et Bost la pratiquent, le procédé dit de l'équivalence est la pierre de touche. Ce procédé suppose qu'il existe dans le roman adapté des scènes tournables et intournables et qu'au lieu de supprimer ces dernières (comme on le faisait naguère) il faut inventer des scènes équivalentes, c'est-à-dire telles que l'auteur du roman les eût écrites pour le cinéma. "Inventer sans trahir", tel est le mot d'ordre qu'aiment à citer Aurenche et Bost, oubliant que l'on peut aussi trahir par omission."
Il pointe ensuite la "fausse audace" des scénaristes, que celle-ci vise les mœurs, les institutions, l'église, l'armée, la bourgeoisie... "Tout désignerait donc Aurenche et Bost pour être les auteurs de films franchement anti-cléricaux, mais comme les films de soutanes sont à la mode, nos auteurs ont accepté de se plier à cette mode. Mais comme il convient - pensent-ils - de ne point trahir leurs convictions, le thème de la profanation et du blasphème, les dialogues à double entente, viennent çà et là prouver aux copains que l'on sait l'art de "rouler le producteur" tout en lui donnant satisfaction, rouler aussi le "grand public" également satisfait. Ce procédé mérite assez bien le nom d'alibisme."
Elargissant ensuite son propos aux autres scénaristes français réputés, il dénonce leur conception du réalisme. "Cette école qui vise au réalisme le détruit toujours au moment même de le capter enfin, plus soucieuse qu'elle est d'enfermer les êtres dans un monde clos, barricadé par les formules, les jeux de mots, les maximes, que de les laisser se montrer tels qu'ils sont, sous nos yeux. L'artiste ne peut dominer son œuvre toujours. Il doit être parfois Dieu, parfois sa créature."
Pour finir son texte, Truffaut dévoile l'autre but qu'il s'était fixé : élire un petit nombre de cinéastes, désigner ceux qui, à ses yeux, sauvent le cinéma français et qu'il faut opposer à la Tradition de la Qualité. "Enfin, ces personnages abjects, qui prononcent des phrases abjectes, je connais une poignée d'hommes en France qui seraient INCAPABLES de les concevoir, quelques cinéastes dont la vision du monde est au moins aussi valable que celle d'Aurenche et Bost, Sigurd et Jeanson. Il s'agit de Jean Renoir, Robert Bresson, Jean Cocteau, Jacques Becker, Abel Gance, Max Ophuls, Jacques Tati, Roger Leenhardt ; ce sont pourtant des cinéastes français et il se trouve - curieuse coïncidence - que ce sont des auteurs qui écrivent souvent leur dialogue et quelques-uns inventent eux-mêmes les histoires qu'ils mettent en scène."
Des remous provoqués par la publication de ce texte, on trouve quelques échos dans le numéro 33 des Cahiers, dans le "Petit journal intime du cinéma" tenu alors par Jacques Doniol-Valcroze :
"28 Janvier - Au déjeuner inter-professionnel mensuel il y a déjà des réactions assez vives sur l'article de François Truffaut "Une certaine tendance du cinéma français" paru seulement depuis deux jours dans notre numéro de Janvier. Denis Marion est contre, Claude Mauriac pour... etc."
"25 Février - Au déjeuner de la D.I.P., le désormais fameux article sur Aurenche et Bost est de nouveau sur la sellette. Il y a là le directeur général du cinéma Jacques Flaud, Charles Spaak, Georges Cravenne, Jacqueline Audry, Pierre Laroche, Kast, Astruc... etc... et la discussion va bon train. Ni Bazin, ni moi, qui avons pourtant beaucoup réfléchi avant de publier cette étude, aurions jamais cru que le "boum" serait aussi sonore. Une abondante correspondance également arrive aux Cahiers. Dans l'ensemble elle est indignée. Il serait trop long de répondre ici."
"A court terme, le texte de Truffaut est donc très discuté ; à moyen terme, il pèse de tout son poids dans la réorientation du choix des Cahiers qui négligent et méprisent alors totalement la tradition française de la qualité ; à long terme, la Nouvelle Vague effacera cette tradition non pas de l'histoire du cinéma ni des mémoires (on la redécouvre d'ailleurs aujourd'hui à travers rétrospectives et beaux livres) mais, plus sûrement, de la modernité." (Antoine De Baecque, Histoire d'une revue, Editions Cahiers du Cinéma, 1991)
Rappel sur ce même sujet : l'éditorial de Christophe pour l'année 1954.
"Quelques réalisateurs trop admirés : Lang, Ray, Cukor, Preminger, Hathaway, Hawks, Mankiewicz"
En septembre et novembre 1954, Positif publie deux numéros consacrés au cinéma américain. Le second est centré sur les genres, le premier sur les thèmes et les auteurs. En ces riches heures de la cinéphilie, il s'agit pour les critiques, en premier lieu, de trier, de choisir, d'élire une poignée de cinéastes et, par conséquent, de mettre les autres sur le côté. La rédaction se lance alors dans la défense d'un cinéma américain "social", celui de Richard Brooks, Jules Dassin, Herbert Biberman ou Laszlo Benedek, et décide de publier un article qui pointerait la faillite supposée de quelques autres cinéastes. Cet article est signé de "La rédaction", tout comme l'était celui défendant longuement El, le film de Luis Buñuel, dans le numéro précédent. L'idée est donc de faire bloc, de constituer un groupe soudé, bref, de ne pas suivre l'exemple des Cahiers du Cinéma où les diverses tendances et écoles ne cessent de s'affronter en se répondant d'un article à l'autre. Vu d'aujourd'hui, le but premier peut sembler avoir été de déboulonner quelques statues. Or, si nous lisons là sept noms nous apparaissant (très) grands, il faut se rappeler qu'au début des années cinquante une minorité seulement de critiques défendait les nouveaux films de Lang, Cukor ou Hawks, y compris aux Cahiers du Cinéma au sein desquels les "Jeunes Turcs" étaient loin d'être suivis, sur ce terrain-là, par Bazin ou Doniol-Valcroze. L'objet de la contestation est donc aussi, pour Positif, le discours critique tenu par Rohmer, Rivette et Truffaut sur ces cinéastes. L'article sur El contenait les premières attaques mais celles-ci restaient voilées. Cette fois-ci, les Cahiers sont nommés, mieux, de larges extraits en sont tirés.
"A l'époque où la Petite Illustration cristallisait la sensibilité française, on avait coutume de parler d'œuvre "exquise", "profonde", "chargée de sens". Aujourd'hui ce vocabulaire s'est modifié, sans pour cela devenir plus clair : "dimension", "densité", "message", "intériorité". Il s'y ajoute quelques traces d'un existentialisme mal assimilé. Certaine critique prouve ainsi son goût des synthèses diffuses et du jugement impressionniste ; elle témoigne de son mépris pour toute analyse en termes de cinéma et, dirait-on, d'une puberté difficile. Son style, maladroitement précieux, est surtout destiné à donner au lecteur naïf un sentiment d'infériorité. Cette critique cherchera donc un "arrière monde" à d'honnêtes films policiers ; telle apparition, après Règlements de comptes, d'"un univers hautement moral" (Cahiers du Cinéma, n°31) chez Fritz Lang." Après cette introduction, les cinéastes annoncés défilent.
Le survol de la carrière d'Howard Hawks donne lieu à une distribution de bons et de mauvais points et aboutit à un "bilan sans passion" : "Réalisateur de premier plan ? Non. Hawks n'a ni le courage de Paul Strand ni l'intelligence de Benedek. Son œuvre est inégale : ni meilleure ni pire que celle de Lloyd Bacon ou de Michael Curtiz. Quelques éclairs et beaucoup de commerce." Henry Hathaway se voit, lui, reconnaître une virtuosité certaine mais subit une "critique de contenu" : "Aujourd'hui Hathaway est devenu en quelque sorte le metteur en scène officieux de la police américaine."
Arrive le tour de Nicholas Ray : "Avec deux films par an, Nicholas Ray est en train de se faire en France une belle réputation de réalisateur maudit. A l'opposé du rythme américain traditionnel, rapide et brutal, Ray est le cinéaste de la lenteur : il oscille entre la tension dramatique, aux meilleurs moments, et l'ennui, dans le cas contraire." Seuls les Amants de la nuit trouvent grâce aux yeux des rédacteurs, et encore... "ce film pâlit auprès de ses frères, qu'il s'agisse de J'ai le droit de vivre (Fritz Lang, 1937), ou du Démon des armes (J. H. Lewis, 1950)."
Le cas le plus épineux pour la revue est sans doute celui de Lang. "Deux ou trois fois par an, Hollywood nous envoie des œuvres capables, à divers titres, de forcer l'attention : Le Petit Fugitif, La Mort d'un commis voyageur, Le Train sifflera trois fois, L'Equipée sauvage... Elles ne sont plus jamais signées de Fritz Lang. Telle est la réalité, brutale mais qu'il faudra bien finir par accepter. (...) Le Fritz Lang que nous aimons va, à peu près (n'oublions pas en effet ni Les Araignées (1919), ni Les Trois lumières (1921), ni le premier Mabuse (1922)), du Maudit (1932) à J'ai le droit de vivre (1937), de l'Allemagne aux U.S.A. en passant par la France (Liliom, 1933). Dire qu'Hollywood a tué Fritz Lang relève donc d'une démagogie facile. Mais il reste que, depuis 1937, nous n'avons plus de lui qu'une contribution honnête, quelquefois brillante, à des films de série."
Ce noir tableau est complété par "Joseph L. Mankiewicz, Otto Preminger et George Cukor (qui) ont en commun un métier très sûr, et cet académisme de bon aloi qui sont à Hollywood les signes de la "qualité". Plus intelligents qu'un Delannoy, ils ne tombent jamais dans le piège de la fausse grandeur, mais ils n'évitent pas toujours le bavardage, la prétention psychologique, voire l'ennui." La conclusion de cet article est formulée ainsi : "Aucun de ces réalisateurs n'est donc "un maître". Les réussites de Hawks, Hathaway, Ray, Preminger, Mankiewicz ou Cukor sont aujourd'hui des exceptions que nous souhaitons plus nombreuses. Mais ni le choix des sujets, ni la manière dont ils les traitent ne méritent mieux qu'un intérêt poli. On fait toujours du Cinéma en Amérique, mais ce ne sont plus ces messieurs qui le font."
Extrait de "Ouverture pour index" par Bernard Chardère, Positif n°50-51-52, mars 1963 :
"A l'opposé ou presque, nous trouvions ensemble que les Hawks, Hathaway, Cukor, Lang, Ray, Preminger, Mankiewicz étaient sinon sans mérites, du moins "trop admirés". Quelques années après, nous nuancerions, certains distinguos s'imposeraient d'eux-mêmes : il resterait instructif de reprendre la question."
Extrait de Figurez-vous qu'un soir, en plein Sahara... de Bernard Chardère, Editions Actes Sud, 1992 :
"Quand aux "réalisateurs américains trop admirés", compte tenu de l'ambiance polémique contre les suiveurs, de l'accent aigu que nous aimions mettre sur les sujets plutôt que sur les arabesques, de la vitesse du vent, de l'âge des capitaines, est-ce bien certain que "l'article le plus imbécile jamais écrit", comme l'assure Tavernier, hé, hé, bémols, dièses et bécarres judicieusement distribués, avec des nuances et des repentirs dus à des suppléments d'informations, soit totalement à côté de la plaque ? On se revoit ? On en reparle ?"
Extrait de "1954" par Louis Seguin, Positif n°500, octobre 2002 :
"J'avais par contre - et beaucoup, à Positif, étaient du même avis - une véritable passion pour deux films que j'ai vus et revus des après-midi entières, puisque à cette époque le cinéma était, comme la révolution, vraiment permanent et qu'on ne se faisait pas virer de la salle à la fin des séances. L'un de ces films était Tous en scène et l'autre L'Equipée sauvage. Etrange confusion... Car si le premier n'a rien perdu de son charme ni Cyd Charisse de son éclat, le second est aujourd'hui irregardable et l'on ne peut que partager le jugement sévère de Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier. Joseph Losey, chassé par le maccarthysme, tournait sous des pseudonymes en Angleterre. A Hollywood, dans Rivière sans retour et Les Hommes préfèrent les blondes, Otto Preminger et Howard Hawks dirigeaient splendidement une certaine Marylin Monroe. Mais la polémique, violente, effaçait ce cinéma-là. Je participai à un article plutôt inepte, ce Quelques réalisateurs américains trop admirés où Positif s'en prenait aussi à Fritz Lang ! Il y avait tout de même mieux à faire."
Finalement, cette polémique s'éteignit d'elle-même et l'article resta la petite épine dans le pied de Positif que ses adversaires aiment à rappeler avec le sourire. Cette offensive-là n'eut en effet guère de suite et de conséquence, les rédacteurs se rendant peut-être compte, peu à peu, que les réalisateurs-cibles n'avaient pas été choisis au mieux. Dès lors, très rapidement et toujours pour s'opposer fermement aux Cahiers du Cinéma, ce fut, de manière différente (des attaques vives et signées personnellement), vers d'autres noms que les flèches positivistes se dirigèrent, pour alimenter des débats bien plus féconds au sein de la critique de l'époque et bien plus déterminants pour le façonnage de l'identité de la revue : ces victimes s'appeleraient Hitchcock, Rossellini et Dreyer.
(Edouard S.)
COMPLEMENTS DE LECTURE :
1) Sur Les Vitelloni :
"C’est une œuvre satirique où l’étude des mœurs d’un certain milieu est l’occasion de nombreuses scènes fort drôles et parfois dramatiques (…). Tout cela est fort bien évoqué par le metteur en scène et par les interprètes au premier rang desquels il faut signaler Fabrizi dans le rôle du Don Juan local, et Sordi, dans une composition étonnante (…). "Les Vitelloni" sont une œuvre intéressante qui ouvre, dans un registre inhabituel, des possibilités nouvelles au sein de l’école néo-réaliste." (Armand Monjo, L’Humanité, 08 avril 1954)
"Il manquait encore un grand satirique au néo-réalisme, Federico Fellini sera celui-là s’il tient et développe les promesses d’une œuvre déjà aussi accomplie que ses Vitelloni. Son film a le mérite d’ambitionner la densité romanesque. Il ne l’atteint pas toujours, parce que l’arrière-plan (les parents notamment) est un peu trop sommairement esquissé. Le décor est souvent mieux vu que le fonds social proprement dit. Mais l’œuvre reste importante et riche. Saluons donc avec joie la nouvelle gloire de Federico Fellini." (Georges Sadoul, Les Lettres françaises, 29 avril 1954)
"Nous aurions préféré un peu plus de nerf dans le dessin des personnages et la conduite de l’action. Le réalisateur semble avoir été contaminé par la mollesse et l’aboulie de ses héros. Le film est terne et lent et bourbeux. On ne sait vraiment à qui ou à quoi accrocher son intérêt." (Jean de Baroncelli, Le Monde, 28 avril 1954)
2) Extrait d'un entretien avec Luigi Comencini par Lorenzo Codelli, paru dans Positif n°156, février 1974, à propos de Pain, amour et fantaisie :
"- Que pensez-vous de l'accusation - stupide à mon avis - d'avoir fait avec ce film du "néo-réalisme rose" ?
- Le succès imprévu et surprenant du film, je crois, a heurté bien des critiques, pour lesquels certains sujets doivent toujours être traités de la même façon. Le film n'était rien d'autre que ce qu'il prétendait être, c'est-à-dire une comédie ; en Italie, on a toujours rabaissé la comédie et exalté le film "engagé", quel qu'il soit, même lorsqu'il est hypocrite. Je crois qu'on peut faire grief aux critiques de considérer d'abord les genres, c'est-à-dire de distinguer des "genres supérieurs" et des "genres inférieurs". Et puis de ne pas prendre en considération ce qu'un réalisateur a fait, mais de le critiquer pour ce qu'il n'a pas fait. Et surtout, la comédie de "caractères" n'est pas comprise en Italie. Quant à l'accusation d'avoir détruit le néo-réalisme... c'était quand même un film trop modeste pour tarir une veine si importante ; il est plus juste de dire que ce qu'on appelait "néo-réalisme" était alors un type de cinéma en voie de disparition, étant donnée la situation que traversait la société italienne ; l'après-guerre finissait, commençait une autre époque probablement plus lugubre, moins attirante, avec d'autres problèmes bien plus dramatiques et sinistres."
3) Premières lignes de "Ce qui sort de la scène", sur Monika, par Noël Herpe, Positif n°497/498, juillet-août 2002 :
"Nous a-t-on assez rebattu les oreilles avec Monika, film parangon de la modernité cinématographique, ange annonciateur des temps nouveaux : à cause de ce fameux "regard caméra", où Jean-Luc Godard aura cru voir un partage des eaux dans le rapport entre spectateur et fiction ; à cause de cette nudité surprise au creux d'une île et qui émut le jeune François Truffaut jusqu'à l'honneur d'une citation dans Les Quatre cents coups... Que pour toute une génération de cinéphiles (pour ceux de Positif aussi bien que des Cahiers), condamnés aux allusions jésuites de la qualité française et à n'entrevoir que les déshabillés de Martine Carol, Monika ait pu représenter cette soudaine irruption de l'érotisme, cet appel du large et d'une féminité enfin sans voile, quoi de plus naturel ? Mais il semble qu'il y ait eu là un malentendu assez parallèle, mutatis mutandis, à celui qui fit porter aux nues Et Dieu créa la femme. Pas plus que Roger Vadim ne devait accompagner la subversion de la Nouvelle Vague, Ingmar Bergman ne proposait le manifeste d'un cinéma "libéré" - libéré des impératifs de la narration traditionnelle autant que des rigueurs de la censure. A un demi-siècle de distance, Monika apparaît bien plutôt comme le film qui termine une époque, qui (dans tous les sens du terme) boucle une boucle, qui permet surtout à son auteur de se débarrasser de ses premiers démons."
4) "Je suis avec ce qui meurt" sur L'Amour d'une femme par Noël Herpe, Positif n°494, avril 2002
5) Premières lignes de "Deux caravanes" sur Tous en scène et La Roulotte du plaisir par Jacqueline Nacache, Positif n°526, décembre 2004 :
"Au détour d'une séquence de La Roulotte du plaisir (The Long, Long Trailer, 1954) alors que, traversant une bourgade de province, Desi Arnaz et sa roulotte négocient un carrefour périlleux, on remarque à l'arrière-plan qu'un cinéma local programme Tous en scène (The Band Wagon, 1953), ce détail piquant, un private joke comme Minnelli les aime, ou le signe d'une intimité assez inattendue entre les deux singulières caravanes qui se suivent (1953 et 1954) dans la filmographie de Minnelli : l'une virtuelle et liée aux paillettes du show business ; l'autre, roulotte de luxe pour bohémiens conformistes, aussi réelle qu'encombrante."
6) Sur El : "Les apparences et l'abîme" par Petr Kral, Positif n°283, septembre 1984 et "Dans la tête de El, dans la tête de Narcisse" par Yannick Lemarié, Positif n°581-582, juillet-août 2009
FLORILEGE CAHIERS DU CINEMA/POSITIF :
(Prochainement)
Avis :
Chères lectrices, chers lecteurs, tout autre document, lien, référence, extrait de texte de votre connaissance, concernant cette année, est le bienvenu...
A venir :
début juin, Sur vos écrans en 1955
fin juin, Dans vos kiosques en 1955
(données non contractuelles)
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09/05/2013
Sur vos écrans en 1954
EDITORIAL :
1954, c'était Tous en scène, Voyage en Italie, El, Les Vitelloni, Marilyn, le Cinémascope... mais c'était aussi cela :
Par Christophe
En janvier 1954, Les Cahiers du cinéma franchissaient le cap du trentième numéro. Un record pour ce genre de périodique. Le rédacteur en chef Jacques Doniol-Valcroze en profitait pour clarifier la position d'une revue à laquelle on reprochait parfois de préférer les séries B américaines aux films français dits "de qualité". Ainsi l’événement majeur de l'année serait la parution de l'article de François Truffaut Une certaine tendance du cinéma français. Après bien des hésitations, le co-fondateur André Bazin consentait enfin à publier le brûlot de son protégé. De ce fait, il entérinait la prise de pouvoir des jeunes Turcs à la rédaction. D'abord prolongement de La revue du cinéma où un joli panorama de la vie intellectuelle parisienne d'après-guerre théorisait brillamment sur le cinéma (existentialistes germanopratins, bourgeois protestants, prêtres catholiques et militants de gauche s'y côtoyaient), le mensuel se muait donc en tribune pour hussards particulièrement agités. Jacques Laurent allait d'ailleurs débaucher une bonne partie de ce petit monde pour sa prestigieuse revue Arts; Arts où, on l'oublie trop souvent, Truffaut, Rohmer, Godard et Douchet ont signé plusieurs de leurs articles majeurs.
Le point commun à tous ces jeunes gens, c'est que le cinéma constitue la base de leur formation intellectuelle. En 1954, François Truffaut n'a évidemment pas le prestige académique du mentor normalien qui l'a sorti de prison cinq ans plus tôt. Il n'a pour lui que sa sensibilité aiguë, l'aplomb de la jeunesse, un style façon Radiguet et, aussi, l'ambition d'un Rastignac (ses admirateurs doivent se souvenir de la rouerie avec laquelle il a obtenu le scénario du Journal d'un curé de campagne de Jean Aurenche*). Sa plume directe et incisive ne s'embarrasse pas des précautions oratoires de ses aînés.
Ce qui frappe donc lorsqu'on relit Une certaine tendance du cinéma français près de soixante ans après sa publication, c'est d'abord l'engagement de l'auteur par rapport à ce dont il parle. Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à mesurer l'abîme qui le sépare d'Alexandre Astruc lorsque celui-ci écrit en 1948 dans "Naissance d'une nouvelle avant-garde" beaucoup de choses qui seront redites par l'auteur des 400 coups. Le ton a radicalement changé. Chez Truffaut critique, la sensibilité à fleur de peau se conjugue parfaitement à la certitude du moraliste. Par intuition, il sait où sont les fausses valeurs et les attaque alors sans ménagement. "Vive l'audace certes, encore faut-il la déceler où elle est vraiment". Ce sens de la formule le rattache à la tradition frondeuse de la critique française; celle de Louis Delluc dans les années 20, celle de Lucien Rebatet sous l'Occupation. L'écrivain Truffaut a la concision du premier, la verve polémiste du second. Le spectateur Truffaut partage avec les deux les goûts qui ont toujours été ceux des authentiques cinéphiles: amour des films hollywoodiens (avant les années 60), rejet bruyant d'un certain cinéma officiel (celui promu par les grands quotidiens, les festivals, les pouvoirs publics) et défense acharnée d'une poignée d'élus considérés comme les artistes véritables. Ici, il faut en profiter pour rappeler que Une certaine tendance du cinéma français n'est pas qu'un pamphlet. C'est aussi une déclaration d'amour à Becker, Ophuls, Bresson, Cocteau, Gance et -bien sûr- Renoir. Simplement, il n'y a pas d'artiste chéri sans artiste honni, pas de critique sans distinction. Il faut aussi rappeler que Truffaut s'en prend ici à Bost et Aurenche plus qu'à aucun réalisateur. En accusant les scénaristes de la déliquescence du cinéma français, Truffaut montre l'importance du travail qui est le leur. C'est quelque chose dont devraient se souvenir les naïfs qui, tout en se réclamant abusivement de la Nouvelle Vague, opposent "mise en scène" à "scénario".
Cet article montrait aussi que la mission d'une revue comme les Cahiers n'était pas d'établir un consensus moyen, un musée officiel et relatif du bon goût, en absorbant chaque tendance de la cinéphilie, chaque courant de l'Histoire de cinéma. Tâche vaine et sans intérêt que celle d'une éponge oecuménique. Il leur fallait imposer leur vérité au monde à grand renfort de généralités théoriques. Et d'assumer ce que ces généralités peuvent avoir d'abusif avec ce qu'il faut d'esprit de provocation.
Une certaine tendance du cinéma français brille aussi par son acuité. Force est de constater que depuis soixante ans, on a rarement lu synthèse aussi juste à propos d'un pan du cinéma. En s'en prenant aussi bien à la facilité des formules qu'à la mesquinerie des scénaristes, François Truffaut cernait précisément ce qui gangrenait la production de son temps. Bien sûr, les cinéphiles intelligents savent tous que dans son ensemble, l'oeuvre d'un Autant-Lara vaut mieux que les jugements exprimés ici.** Il n'empêche que c'est bien le pessimisme de pacotille couplé à la rigidité appliquée de la mise en scène qui encore aujourd'hui rend intolérable aux yeux de ces mêmes cinéphiles Occupe toi d'Amélie, Le bon Dieu sans confession ou Le rouge et le noir (tous films tournés entre 1946 et 1956). Ainsi, contrairement à une idée aujourd'hui répandue, la qualité française tel que définie par Truffaut ne se limite pas à l'académisme, qui est une tare universelle (quoiqu'excessivement répandue dans le cinéma français des années 50). C'est un mélange d'académisme, de bassesse et de noirceur facile. C'est un cinéma circonscrit à une époque (la plus sinistre du cinéma français?). C'est un cinéma qui, quoiqu'en ait écrit Serge Daney, est très différent de ceux de Carné/Prévert, Bertrand Tavernier (même si celui-ci a réhabilité Aurenche et Bost) ou Claude Sautet.
Cela n'empêche pas plusieurs passages du texte de Truffaut de s'imposer encore aujourd'hui comme des axiomes. Ainsi la phrase suivante, phrase de moraliste s'il en est: "On s'aperçoit que le public populaire préfère peut-être les naïfs petits films étrangers qui lui montrent les hommes " tels qu'ils devraient être " et non pas tels qu'Aurenche et Bost croient qu'ils sont." Cette phrase, en plus de fermer le clapet de ceux qui opposent un soi-disant élitisme de la Nouvelle Vague au "bon vieux cinéma populaire" de la qualité française, en dit bien long sur une (im)posture malheureusement éternelle. Que l'on songe à Bruno Dumont ou Gaspard Noé...
Texte essentiel s'il en est, Une certaine tendance du cinéma français cristallise un moment où la façon d'envisager le cinéma devenait plus obsessionnelle, plus intransigeante, plus érudite, plus maniaque, plus adolescente. En un mot: plus passionnée. Cinq ans après le séminal festival du film maudit de Biarritz, la cinéphilie entrait dans une sorte d'âge classique qui s'achèverait quelque dix ans plus tard avec l'apothéose mac-mahonienne. Nous aurons l'occasion d'y revenir.
* anecdote perfidement rapportée par Henri Jeanson dans le numéro d'avril 63 du Crapouillot
** En 1965, Rivette et Godard eux-même feraient figurer Le journal d'une femme en blanc parmi leurs films préférés de l'année.
NDLR : Nous reviendrons évidemment sur le texte de François Truffaut (que l'on peut lire ICI) dans notre prochaine note "Dans vos kiosques en 1954".
LES CONSEILS DE NOTRE EQUIPE :
Une liste de 102 longs métrages (sur les 513 sortis en salles), avec, pour les étoiles en couleur, des liens vers des textes écrits par les contributeurs.
| Buster | Christophe | Dr.Orlof | Edouard | FredMJG | Jean-Luc | Jocelyn | Ludovic | Timothée | Vincent | |
| Tous en scène (Minnelli) | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** |
| La Vie de O'Haru, femme galante (Mizoguchi) | **** | **** | *** | **** | **** | *** | **** | |||
| Voyage en Italie (Rossellini) | **** | **** | **** | **** | ** | ** | **** | **** | ||
| El (Buñuel) | **** | ** | *** | **** | **** | *** | **** | |||
| Les Vitelloni (Fellini) | *** | *** | *** | *** | **** | ** | *** | **** | **** | |
| Touchez pas au grisbi (Becker) | *** | **** | ** | **** | **** | **** | *** | *** | * | |
| Rivière sans retour (Preminger) | *** | **** | *** | *** | **** | *** | *** | *** | *** | *** |
| L'Amour d'une femme (Grémillon) | **** | **** | *** | |||||||
| Monika (Bergman) | **** | ** | *** | *** | *** | *** | *** | ** | *** | |
| Les Hommes préfèrent les blondes (Hawks) | *** | *** | *** | ** | **** | ** | *** | * | *** | **** |
| La Furie du désir (Vidor) | *** | *** | **** | *** | ** | |||||
| La Femme au gardénia (Lang) | *** | *** | *** | *** | ||||||
| Pain, amour et fantaisie (Comencini) | ** | *** | *** | ** | ||||||
| Ulysse (Camerini) | *** | ** | *** | |||||||
| Ouragan sur le Caine (Dmytryk) | ** | *** | *** | |||||||
| La Tour des ambitieux (Wise) | *** | *** | ||||||||
| Passage interdit (Fregonese) | *** | *** | ||||||||
| Si Versailles m'était conté (Guitry) | * | ** | *** | ** | *** | |||||
| Le Manteau (Lattuada) | * | ** | ** | **** | ||||||
| Les Chevaliers de la Table ronde (Thorpe) | *** | ** | ** | *** | ** | * | * | |||
| Mogambo (Ford) | ** | *** | * | ** | ** | * | *** | |||
| La Belle Espionne (Walsh) | *** | ** | ** | |||||||
| Les Lettres de mon moulin (Pagnol) | * | *** | ||||||||
| La Guerre des mondes (Haskin) | *** | * | **** | * | ** | |||||
| Tant qu'il y aura des hommes (Zinnemann) | * | ° | *** | *** | ** | *** | ||||
| La Perle noire (Thorpe) | ** | *** | ||||||||
| Les Rats du désert (Wise) | *** | |||||||||
| L'Equipée sauvage (Benedek) | ** | * | ** | *** | ** | ** | ** | ** | ||
| Les Aventures de Robinson Crusoé (Buñuel) | ** | * | ** | ** | ** | |||||
| Le Blé en herbe (Autant-Lara) | *** | *** | * | * | * | |||||
| Les Cinq Mille Doigts du docteur T (Rowland) | * | * | *** | * | *** | |||||
| Plus fort que le diable (Huston) | * | ° | ** | *** | *** | |||||
| Le Jardin du diable (Hathaway) | ** | ** | ** | |||||||
| Romance inachevée (Mann) | *** | * | ** | |||||||
| Sergent la terreur (Brooks) | ** | * | *** | |||||||
| Les Gladiateurs (Daves) | ** | ** | ** | |||||||
| Hondo, l'homme du désert (Farrow) | *** | |||||||||
| La Charge sur la rivière rouge (Douglas) | *** | |||||||||
| La Femme qui faillit être lynchée (Dwan) | *** | |||||||||
| La Poursuite dura sept jours (Butler) | *** | |||||||||
| La Roulotte du plaisir (Minnelli) | *** | |||||||||
| Le Démon des eaux troubles (Fuller) | *** | |||||||||
| Le Fantôme de la rue Morgue (Del Ruth) | *** | |||||||||
| Vacances romaines (Wyler) | * | ° | ** | ** | *** | * | * | *** | ||
| Théodora, impératrice de Byzance (Freda) | ** | ** | *** | |||||||
| Je dois tuer (Allen) | * | ** | ** | ** | ||||||
| Monsieur Ripois (Clément) | *** | ° | ° | ** | *** | * | ** | |||
| Victime du destin (Walsh) | *** | * | ||||||||
| La Reine vierge (Sidney) | * | *** | ||||||||
| Les Massacreurs du Kansas (De Toth) | * | *** | ||||||||
| Le Rouge et le Noir (Autant-Lara) | ** | ° | ** | ** | * | ** | ||||
| Prince Vaillant (Hathaway) | ** | ** | * | |||||||
| Comment épouser un millionnaire (Negulesco) | * | * | ** | * | * | |||||
| Papa, maman, la bonne et moi (Le Chanois) | * | ° | ** | ** | ||||||
| Le Défroqué (Joannon) | ** | ** | ° | |||||||
| Jour de terreur (Garnett) | ° | *** | ||||||||
| Quand la Marabunta gronde (Haskin) | * | ** | ||||||||
| L'Implacable (Parrish) | ** | |||||||||
| L'Emprise du destin (Saenz de Heredia) | ** | |||||||||
| Le Monstre des temps perdus (Lourié) | ** | |||||||||
| Retour au paradis (Robson) | ** | |||||||||
| Deux Nigauds contre docteur Jekyll et Mister Hyde (Lamont) | ** | |||||||||
| Fille d'amour (Cottafavi) | ** | |||||||||
| Houdini le grand magicien (Marshall) | ** | |||||||||
| La Brigade héroïque (Walsh) | ** | |||||||||
| La Sorcière blanche (Hathaway) | ** | |||||||||
| Le Roi des îles (Haskin) | ** | |||||||||
| Passion sous les tropiques (Maté) | ** | |||||||||
| Tempête sous la mer (Webb) | ** | |||||||||
| Une femme qui s'affiche (Cukor) | ** | |||||||||
| Vaquero (Farrow) | ** | |||||||||
| Huis clos (Audry) | ** | |||||||||
| Cadet Rousselle (Hunebelle) | * | * | ° | ** | ||||||
| La Porte de l'enfer (Kinugasa) | * | ° | ** | |||||||
| Madame du Barry (Christian-Jaque) | * | * | * | |||||||
| Amour, délices et golf (Taurog) | ° | ** | ||||||||
| L'Affaire Maurizius (Duvivier) | ** | ° | ||||||||
| Le Grand Jeu (Siodmak) | * | * | ||||||||
| Ali Baba et les quarante voleurs (Becker) | ° | ° | ° | ° | * | ° | ° | ** | *** | |
| Ah les belles bacchantes ! (Loubignac) | ° | ° | ° | * | * | ** | ||||
| La Reine Margot (Dréville) | * | ° | * | |||||||
| Expédition du fort King (Boetticher) | * | |||||||||
| La Cité sous la mer (Boetticher) | * | |||||||||
| La Marchande d'amour (Soldati) | * | |||||||||
| La Première Sirène (Le Roy) | * | |||||||||
| Le Traître du Texas (Boetticher) | * | |||||||||
| Avant le déluge (Cayatte) | * | |||||||||
| Capitaine King (King) | * | |||||||||
| Deux Nigauds chez Vénus (Lamont) | * | |||||||||
| La Fontaine des amours (Negulesco) | * | |||||||||
| Les Femmes s'en balancent (Borderie) | * | |||||||||
| Les Révoltés de Lomanach (Pottier) | * | |||||||||
| Bonnes à tuer (Decoin) | * | |||||||||
| L'Air de Paris (Carné) | * | |||||||||
| Le Mouton à cinq pattes (Verneuil) | ° | ° | ° | ° | ** | |||||
| Ne me quitte jamais (Daves) | ° | |||||||||
| L'Ennemi public numéro un (Verneuil) | ° | |||||||||
| Mam'zelle Nitouche (Allégret) | ° | |||||||||
| Chaussure à son pied (Lean) | ° | |||||||||
| Noël blanc (Curtiz) | ° | |||||||||
| Obsession (Delannoy) | ° | |||||||||
| Poisson d'avril (Grangier) | ° | |||||||||
| Buster | Christophe | Dr.Orlof | Edouard | FredMJG | Jean-Luc | Jocelyn | Ludovic | Timothée | Vincent |
Et ceux que l'on attendra encore longtemps sur nos écrans :
| Buster | Christophe | Dr.Orlof | Edouard | FredMJG | Jean-Luc | Jocelyn | Ludovic | Timothée | Vincent | |
| Une Femme dont on parle (Mizoguchi) | *** | **** | *** | |||||||
| Le Grondement de la montagne (Naruse) | *** | *** | *** |
Antoine :
**** : La Vie de O'Haru, femme galante
*** : Les Vitelloni
** : Rivière sans retour / Les Hommes préfèrent les blondes / La Femme au gardénia / Les Chevaliers de la Table ronde
* : L'Equipée sauvage / Ali Baba et les quarante voleurs
° : Théodora, impératrice de Byzance
Nolan :
**** : Tous en scène / Les Hommes préfèrent les blondes
*** : Touchez pas au grisbi
** : Rivière sans retour
* : La Guerre des mondes / L'Equipée sauvage
° : Ali Baba et les quarante voleurs
Rémi :
**** : Voyage en Italie / Monika
*** : Rivière sans retour / Les Lettres de mon moulin
** : Les Rats du désert
* : Ali Baba et les quarante voleurs
LES CHOIX DE NOS AMIS ET LECTEURS :
Benjamin (La Kinopithèque) :
**** : Tous en scène
*** : Les Hommes préfèrent les blondes / Les Chevaliers de la Table ronde
** : La Guerre des mondes / Comment épouser un millionnaire / Le Monstre des temps perdus
Mister Arkadin :
**** : Tous en scène (8) ; Voyage en Italie (8) ; Touchez pas au grisbi (8)
*** : Les hommes préfèrent les blondes (8) ; Les Vitelloni (7) ; Rivière sans retour (7)
** : Si Versailles m’était conté (6) ; Mogambo (6) ; Tant qu’il y aura des hommes (6) ; L’Air de Paris (6) ; L'Équipée sauvage (5) ; Ali Baba et les quarante voleurs (5) ; La Reine Margot (5)
* : Comment épouser un millionnaire (4)
o : Poisson d’avril (3)
- (vus, mais plus assez de souvenirs pour noter ; sont par définition absents ceux que j’ai vus, mais qui m’ont laissé tellement peu de souvenirs que je ne m’en rappelle même plus !) La Furie du désir ; Monika ; La Femme au gardénia ; Pain, amour et fantaisie ; Ouragan sur le Caine ; La Belle Espionne ; La Perle noire ; Plus fort que le diable ; Le Jardin du diable ; Sergent la terreur ; La Brigade héroïque
LE BOX-OFFICE :
1. Si Versailles m'était conté..., Sacha Guitry, 6 986 788 entrées
2. Tant qu'il y aura des hommes, Fred Zinnemann, 6 398 054 entrées
3. Papa, maman, la bonne et moi, Jean-Paul Le Chanois, 5 374 131 entrées
4. Touchez pas au grisbi, Jacques Becker, 4 713 585 entrées
5. Le Rouge et le Noir, Claude Autant-Lara, 4 342 365 entrées
LES PRIX ET RECOMPENSES :
- Prix Louis-Delluc : Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot), sortie prévue en janvier 1955
- Prix Méliès : Le Rouge et le Noir (Claude Autant-Lara)
- Oscar du meilleur film : Tant qu'il y aura des hommes (Fred Zinnemann)
- Festival de Venise, Lion d'or : Roméo et Juliette (Renato Castellani)
- Festival de Cannes, Grand Prix : La Porte de l'enfer (Teinosuke Kinugasa)
- Festival de Berlin, Ours d'or : Chaussure à son pied (David Lean)
- Festival de Locarno, Léopard d'or : La Porte de l'enfer (Teinosuke Kinugasa), Le Mouton à cinq pattes (Henri Verneuil), Les Fruits sauvages (Hervé Bromberger), Bajaja (Jiri Trnka) et Rotation (Wolfgang Staudte)
REFERENDUMS :
1) Classement des dix meilleurs films de 1954 pour les Cahiers du Cinéma (tel que l'on peut l'établir à partir des listes individuelles publiées dans le n°43, janvier 1955) :
1. El (Luis Buñuel), 2. Touchez pas au grisbi (Jacques Becker), 3. Monsieur Ripois (René Clément), 4. Les Hommes préfèrent les blondes (Howard Hawks), 5. L'Equipée sauvage (Laszlo Benedek), Les Vitelloni (Federico Fellini) & Une Femme qui s'affiche (George Cukor), 8. La Femme au gardénia (Fritz Lang), 9. Les Aventures de Robinson Crusoë (Luis Buñuel), 10. Rivière sans retour (Otto Preminger) & Plus fort que le Diable (John Huston)
(Note : Voyage en Italie de Roberto Rossellini, visible en province fin 1954, est pris en compte par les critiques en 1955 après sa sortie parisienne en avril de cette année-là)
2) L'année 54 vue par Positif ("Dix ans de cinéma", n°50-51-52, mars 1963) :
" - C'est l'année de Marilyn : Niagara, Rivière sans retour, Comment épouser un millionnaire
- Les meilleurs :
Laszlo Benedek, L'Equipée sauvage / Richard Brooks, Le Cirque infernal & Sergent-la-terreur / Luis Buñuel, El & Les Aventures de Robinson Crusoë / René Clément, Monsieur Ripois / Vittorio Cottafavi, Fille d'amour / George Cukor, Une femme qui s'affiche / Federico Fellini, Les Vitelloni / Howard Hawks, La Captive aux yeux clairs / John Huston, Plus fort que le diable / Fritz Lang, Règlement de comptes / Alberto Lattuada, Le Manteau & La Louve de Calabre / Anthony Mann, L'Appât / Vincente Minnelli, Tous en scène / Otto Preminger, Un si doux visage & Rivière sans retour / George Stevens, L'Homme des vallées perdues / King Vidor, La Furie du désir / Robert Wise, La Tour des ambitieux"
A VOUS LA PAROLE !
A notre suite, nous vous invitons à dresser votre propre palmarès de l'année et à nous le faire parvenir, par l'intermédiaire des commentaires ou du bouton de contact, afin que nous le mentionnions à son tour ci-dessus.
(vous pouvez consulter la liste de tous les films sortis en France en 1954 sur le site Encyclo-Ciné)
| Tags : 1954, minnelli, mizoguchi, rossellini, buñuel, fellini, becker, preminger, grémillon, bergman, hawks, truffaut | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) |
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26/04/2013
Dans vos kiosques en 1953
LES PERIODIQUES :
Beaucoup de choses à lire dans la revue aux couvertures jaunes, les Cahiers du Cinéma, qui entraient dans leur troisième année. Jean Mitry y a écrit sur Thomas Ince, Georges Charensol sur René Clair, Jean Domarchi sur Murnau, Jacques Rivette sur Howard Hawks, Henri Langlois sur Jean Epstein, Pierre Michaut sur Joris Ivens, Léon Moussinac sur Vsevolod Poudovkine, Lindsay Anderson sur Jacques Becker. Une enquête sur la critique a été menée auprès des scénaristes et réalisateurs français et une tribune mensuelle de quelques pages a été offerte à la Fédération Française des Ciné-Clubs. Les rédacteurs ont encore couru les festivals. André Bazin qui avait vanté le travail du Festival de Cannes en avril déchanta quelque peu en mai, s'y étant bien ennuyé. A Venise, furent découverts Les Contes de la lune vague après la pluie (Mizoguchi), Les Vaincus (Antonioni), Le Petit fugitif, ainsi que, avec beaucoup moins d'enthousiasme, Les Vitelloni (Fellini), Thérèse Raquin (Carné) ou Moulin Rouge (Huston). Jacques Doniol-Valcroze a relaté son voyage en URSS, Chris Marker a posté une lettre de Mexico, Herman G. Weinberg a régulièrement envoyé des nouvelles de New York (pour saluer Moulin Rouge ou pour prendre acte des promesses de Fear and desire de Stanley Kubrick), Georges Sadoul a parlé du cinéma japonais, Michel Dorsday s'est interrogé sur la "misogynie du cinéma américain", Jacques Rivette a rencontré Otto Preminger. Avant un numéro spécial "La Femme et le cinéma", l'érotisme cinématographique a été au centre des réflexions, tout comme l'arrivée du Cinémascope (héritier du Cinérama d'Abel Gance qui a d'ailleurs signé dans la revue un texte revendicatif).
Pour les Cahiers, 1953 fut surtout l'année du Carrosse d'or de Renoir mais on y trouva tout aussi bien des défenses du Démon s'éveille la nuit (Lang), d'Un été prodigieux (Barnet), de Manon des Sources et du cinéma de Pagnol, de La Montée au ciel et de Susana la perverse (Buñuel), d'Un Homme perdu (Lorre), du Rideau cramoisi (Astruc), de La Mort d'un commis voyageur (Benedek), d'Europe 51 (Rossellini), de Sous le plus grand chapiteau du monde (De Mille), des Vacances de Monsieur Hulot (Tati), du Chevalier à l'étoile d'or (Raizman), du Cirque (Trnka), de Station Terminus (De Sica), du Soleil brille pour tout le monde (Ford), de Pâques sanglantes (De Santis), de La Bergère et le ramoneur (Grimault), de Crin Blanc (Lamorisse), des Cinq survivants (Oboler), de Docteur Cyclope (Schoedsack), de La Loi du silence (Hitchcock), de La Charge victorieuse (Huston), des Indomptables (Ray), de Madame de (Ophuls), de Stalag 17 (Wilder), de Chantons sous la pluie (Donen & Kelly), de La Captive aux yeux clairs (Hawks). Onze heures sonnaient (De Santis) et Viva Zapata ! (Kazan) ont été accueilli avec réserves, tandis qu'Un amour désespéré (Wyler), Les Ensorcelés (Minnelli), Jules César (Mankiewicz), L'homme des valées perdues (Stevens) décevaient franchement. Ivanohe, Scaramouche, Bas les masques, Mademoiselle Gagne-Tout, L'Appât n'ont eu droit qu'à des notules, certes favorables la plupart du temps.
Le cinéma français de la "qualité", de Delannoy à Duvivier ("l'œuvrette vulgaire" La Fête à Henriette) en passant par Autant-Lara (Le Bon Dieu sans confession), n'a guère été ménagé par les rédacteurs. Le jeune François Truffaut par exemple a pu prendre prétexte d'un éloge du Masque arraché de David Miller pour tirer à boulets rouges sur les auteurs et les actrices de France. Il s'est d'ailleurs fait premier défenseur du cinéma de série B américain, sur un mode agressif ("Il (ce cinéma) a souvent votre mépris et presque toujours notre admiration", "Un mystère qu'il faudra bien quelque jour percer comme un furoncle est celui de la hiérarchie ou du sens de la mesure").
Au sein de la revue, on se demande d'ailleurs comment autant de tiraillements peuvent donner un résultat d'apparence si homogène. Quand Pierre Kast salue le "grand film athée" qu'est Le Salaire de la peur, Maurice Schérer titre sa critique d'Europe 51 "Génie du christiannisme" ou voit dans Tabou de Murnau la "revanche de l'Occident" ; quand Jacques Doniol-Valcroze défend avec équilibre Thérèse Raquin, le même Schérer vient deux pages plus loin faire un éloge "exclusif" de Howard Hawks. Aux Cahiers, l'élaboration des sommaires ne doit pas être triste...

De ce point de vue, cela doit être plus calme à Positif. Et Bernard Chardère doit surtout avoir des problèmes d'ordre matériel à régler. Une nouvelle formule est déjà apparue et seuls quatre numéros furent publiés cette année. L'un d'eux est toutefois exceptionnel, entièrement consacré à Jean Vigo. Plusieurs angles sont adoptés : approche biographique, recueil de témoignages (par Autant-Lara, Jean Dasté...), collaboration avec Maurice Jaubert, exhumation de textes du cinéaste (dont des extraits de son journal), études historiques et critiques... Positif a publié par ailleurs des textes de Pierre Kast, de Lotte Eisner, de Charles Ford (sur Jean Epstein), de Louis Chavance (sur Pierre Prévert). Orson Welles, Carl Dreyer, William Wellman, Erich von Stroheim et Jacques Prévert ont fait l'objet d'études et le cinéma militant de Robert Mennegoz nous a été présenté. Au niveau des films, la revue a défendu Les Vacances de Monsieur Hulot (en quatre textes) et Le Carrosse d'or, ainsi que Crin Blanc, La Bergère et le ramoneur, Le Bon Dieu sans confession, Les Voyages de Sullivan (Sturges), Noblesse oblige (Hamer), Et tournent les chevaux de bois (Montgomery), Station Terminus. L'accueil a été mitigé pour Le Salaire de la peur. On s'y est aussi moqué sur plusieurs pages de Cecil B. De Mille et Hector Williams a pu ironiser sur Le Rideau cramoisi et Les Feux de la rampe (Chaplin).
Enfin, en 1953, Image et Son aura publié huit numéros, au sommaire desquels nous aurons notamment retrouvé les noms de Charles Chaplin, Erich von Stroheim, Jacques Tati, Renato Castellani, Henri-Georges Clouzot, Jules Dassin et Carl Dreyer. Il y aura également été question de la comédie, du cinéma en relief, de la télévision, du droit d'auteur, du dessin animé et du cinéma espagnol. Barthélemy Amengual y a écrit sur le néo-réalisme italien et Jean Mitry sur le cinéma russe.
(Edouard S.)
LES TEXTES CRITIQUES :
"Génie de Howard Hawks"
par Jacques Rivette dans les Cahiers du Cinéma n°23, mai 1953
Extrait :
"Il y a chez Hawks, cinéaste de l'intelligence et de la rigueur, mais ensemble des forces obscures et des fascinations, un génie germanique qu'attirent les délires méthodiques où s'engendrent infiniment les conséquences, où la continuité joue le rôle de la fatalité ; les héros le retiennent moins par leurs sentiments que par leurs gestes, qu'il poursuit d'une attention passionnée ; il filme des actions, en spéculant sur le pouvoir de leurs seules apparences ; que nous importent les pensées de John Wayne marchant vers Montgomery Clift, celles de Bogart pendant un passage à tabac, nous n'avons d'attention que pour la précision de chacun des pas - et le rythme net de la démarche -, de chacun des coups - et l'affaissement progressif du corps meurtri.
Mais Hawks résume en même temps les plus hautes vertus du cinéma américain, le seul qui sache nous proposer une morale, dont voici la parfaite incarnation ; admirable synthèse qui contient peut-être le secret de son génie. La fascination qu'il impose n'est point celle de l'idée, mais de l'efficacité ; l'acte nous retient moins par sa beauté que par son action même à l'intérieur de son univers.
Cet art s'impose une honnêteté fondamentale dont témoigne l'emploi du temps et de l'espace ; nul flash-back, nulle ellipse, la continuité est la règle ; nul personnage ne se déplace que nous ne le suivions, nulle surprise que le héros ne partage avec nous. la place et l'enchaînement de chaque geste ont force de loi, mais de loi biologique qui trouve sa preuve la plus décisive dans la vie de la créature ; chacun des plans possède la beauté efficace d'une nuque ou d'une cheville ; leur succession, lisse et rigoureuse, retrouve le rythme des pulsations du sang ; le film entier, corps glorieux, est animé d'une respiration souple et profonde."
Aussi dans les Cahiers du Cinéma :
"Un nouveau visage de la pudeur" sur Un été prodigieux par Jacques Rivette, n°20, février 1953
"Présence de F.W. Murnau" par Jean Domarchi, n°21, mars 1953
"Camilla et le don" sur Le Carrosse d'or par Jacques Doniol-Valcroze, n°21, mars 1953
"Les sortilèges et l'amour d'une petite fille" sur Le Medium par Michel Dorsday, n°21, mars 1953
"Un grand film athée" sur Le Salaire de la peur par Pierre Kast, n°23, mai 1953
"Comédie ballet dans le goût français" sur Rue de l'Estrapade par Michel Dorsday, n°23, mai 1953
"Jean Epstein (1897-1953)" par Henri Langlois, n°24, juin 1953
"De A jusqu'à Z" sur Le Bistrot du péché et L'Enigme du Chicago Express par François Truffaut, n°24, juin 1953
"L'élégante mélancolie du crépuscule" sur Les Feux de la rampe par Gavin Lambert, n°25, juillet 1953
"Génie du christiannisme" sur Europe 51 par Maurice Schérer, n°25, juillet 1953
"De trois films et d'une certaine école" par Maurice Schérer, n°26, août-septembre 1953
"L'art de la fugue" sur La Loi du silence par Jacques Rivette, n°26, août-septembre 1953
"De l'ambiguïté" sur La Charge victorieuse par André Bazin, n°27, octobre 1953
"Le masque" sur Madame de... par Jacques Rivette, n°28, novembre 1953
"Les maîtres de l'aventure" sur La Captive aux yeux clairs par Maurice Schérer, n°29, décembre 1953
"L'affaire César" sur Jules César par Jean-José Richer, n°29, décembre 1953
"Technique de la vamp" par Lo Duca, numéro spécial, décembre 1953
Dans Positif :
"Shakespeare de Broadway" sur Macbeth et Othello par Michel Subiela, n°6, avril 1953
"Essai pour situer Jean Vigo" par Barthélemy Amengual, n°7, mai 1953
"William A. Wellman ou la probité du western" par Jean-Louis Rieupeyrout, n°8, septembre 1953
"Le voyage en Amérique" sur Le Salaire de la peur par Guy Jacob, n°8, septembre 1953
"Permanence de M. Hulot" par Jean Painlevé, n°9, octobre 1953
"Le cheval rose ou les velléités humaines" sur Et tournent les chevaux de bois par Roger Tailleur, n°9, octobre 1953
"Réflexions sur le tragique moderne" sur Le Train sifflera trois fois, Nous avons gagné ce soir, Commando de la mort et La Charge victorieuse par Bernard Chardère et Michel Subiela, n°9, octobre 1953
"Bérénice, en attendant le train" sur Station Terminus par Madeleine Vivès, n°9, octobre 1953
COMPLEMENTS DE LECTURE :
1) Sur Madame de :
- "Mouvement d'un couple, et de la société" par Vincent Amiel, Positif n°257-258, juillet-août 1982
- Note dans L'Encinéclopédie de Paul Vecchiali (Editions de l'œil, 2011)
2) Extrait de "Le masque et l'épée", sur Scaramouche, par Gérard Legrand, Positif n°114, mars 1970 :
"Bref, ce film où il n'y a pas pour ainsi dire de scènes "intermédiaires", où chaque épisode, presque chaque plan (les leçons d'escrime) possède une valeur en soi, - y compris l'ouverture au théâtre sur le programme que tient la vieille mère de Philippe, annonce de la "voix du sang" qui va parler - n'a pas pris une ride. Ne serait-ce pas à cause de cette perfection plastique, qui ne relève ni de la technique bien rodée, ni du savant cocktail des "genres" (vaudeville et mélodrame) mais d'une substitution secrète ou discrète, à la "manière" - George Sidney n'est pas le précieux qu'on voit trop souvent en lui - de quelque chose qu'il faut bien appeler avec Baudelaire, le style "éternel et cosmopolite" ? Scaramouche serait alors, sous son rythme apparent d'opéra-bouffe, l'exemple qu'un morcellement délibéré, s'il est maîtrisé, peut aboutir à une continuité."
3) Extrait de "Le mal aimé d'une filmo", sur La Loi du silence, par Michel Cieutat, Positif n°470, avril 2000 :
"Très mal accueilli à sa sortie par la critique américaine, échec manifeste au "box-office" rejeté par son auteur, La Loi du silence (I Confess, 1953) a pauvre réputation outre-Atlantique. Abordé d'une manière mitigée par Claude Chabrol et Eric Rohmer, considéré comme inaccompli par François Truffaut, réévalué plutôt positivement par Noël Simsolo et Bruno Villien, le film a bénéficié d'une presse moins sévère chez nous. Cependant, nul n'a jamais été enthousiaste à son sujet, et les diverses notules que les magazines de télévision lui consacrent à l'occasion de ses diffusions successives ne sont en général guère favorables. Quitte à choquer les uns ou les autres, nous osons affirmer ici que le trente-neuvième film de l'auteur de Fenêtre sur cour et de Psychose est à nos yeux non seulement l'un de ses meilleurs, mais aussi l'un de ses plus beaux."
4) "Blimp, Powell, Pressburger... et la poésie déguisée" par Bertrand Tavernier, Positif n°241, avril 1981
5) "Contre toute attente : Sur les westerns de William Wellman" par Christian Viviani, Positif n°396, février 1994
6) Extrait du journal de Jean Cocteau, Le passé défini (repris dans le numéro spécial des Cahiers du Cinéma, Histoires de Cannes, avril 1997) :
"11 avril
Que fais-je dans ce festival ? Je me le demande. C'est aussi peu ma place que possible. Et pourquoi ces gens qui ont toujours éreinté mes films me nomment-ils leur président ? Le même rythme continue. Prestige en dehors de la compréhension. Des forces qui agissent malgré tout, en marge de ce qui les provoque.
(...) Ce soir nous avons vu Le Salaire, en cachant Clouzot dans la cabine des projectionnistes et ensuite dans ma chambre. Le film a produit un effet considérable. Pour ne pas avoir l'air de comploter nous redescendons par les cuisines. Et les Clouzot peuvent rejoindre leur voiture sans être vus. Clouzot me dit : "Ils nous détestent - mais ils nous subissent."
Tati. Les Vacances de M. Hulot. Chaplin m'a raconté en 1935 qu'après avoir terminé un film il secouait l'arbre. "Je fais tomber tout ce qui ne tient pas solidement aux branches". Le pauvre Tati ramasse les fruits blets de cet arbre et les range les uns contre les autres. Il ne possède aucune présence. Sauf quelques gags assez drôles et qui s'achèvent en queue de poisson, il n'y a de valable que la justesse des dialogues et les dialogues confus comme ceux de la loge du Sang d'un poète. Mais j'ai fait le truc des dialogues confus il y a trente ans."
7) Extrait de John Ford par Peter Bogdanovich (entretien de 1966) – Edilig 1988, à propos du Soleil brille pour tout le monde :
"Peter Bogdanovich : Le soleil brille pour tout le monde, comme Le convoi des braves, semble être un film que vous avez fait pour vous-même.
John Ford : C'est vrai. Je savais que ça ne serait pas des succès délirants, mais je les ai faits pour m'amuser. Personne n'a été lésé dans l'histoire car s'ils n'ont pas rapporté un sou de bénéfices, ils ont quand même permis de rembourser les investissements. Le soleil brille pour tout le monde est mon film préféré. Je l'adore. L'histoire est véridique, elle a vraiment eu lieu. Tout ce qu'à écrit Irving Cobb vient de faits réels, et c'est la meilleure de ses histoires avec le juge Priest.
PB : Est-il devenu de plus en plus difficile de faire un film comme celui-là, pour se faire plaisir ?
JF : Oh ! Vous ne pouvez plus, c'est impossible. Maintenant vous passez par un tas de commanditaires, et vous ne savez jamais qui met son nez dans les scénarios. Ici, à Hollywood, vous ne pouvez pas avoir le feu vert pour un scénario, il faut que ça vienne de New-York et que ça soit vu par un président, un comité de direction, des banquiers et toute leur clique. Avant, pour pouvoir leur refiler un petit film, j'essayais de faire un grand film, un grand succès. Ce n'est plus possible à l'heure actuelle."
8) Sur Rue de l'Estrapade :
- Georges Sadoul dans Les Lettres françaises :
"Becker a fabriqué un film curieusement impersonnel et qui ressemble surtout à une comédie américaine de 1933. L’erreur de Rue de l'Estrapade est d’autant plus inquiétante qu’elle vient accentuer les erreurs passées. Après son dernier film, on se demande si l’on avait raison (comme je l’ai fait) de supposer que le réalisateur (reprenant avec d’autres moyens une conception ancienne de Renoir) entendait dresser dans son oeuvre un tableau social de la France contemporaine. Il avait fallu beaucoup de bonne volonté pour y insérer Edouard et Caroline puis Casque d’or. Mais il est impossible d’y faire rentrer Rue de l’Estrapade, que rien ne distingue d’un film commercial courant."
- André Bazin dans L’Observateur :
"Il me semble que toute l’oeuvre de Becker, et même ses films les plus manqués, s’éclairent rétrospectivement par Rue de l'Estrapade d’un jour qui l’explique et la justifie de manière assez nouvelle […]. Pour la première fois, Becker a osé y traiter son scénario pour ce qu’il est, c’est-à-dire rien […]. Mais c’est justement ce que je trouve d’aimable et peut-être d’admirable, en tout cas d’audacieux et d’original, dans la conception du dernier film de Becker. Il s’agit pour lui de nous faire croire à ses personnages, de nous les faire aimer, indépendamment des catégories dramatiques qui constituent l’infrastructure habituelle du cinéma comme du théâtre. Le film ne repose plus sur la force, la beauté ou la vérité d’une histoire, il capte l’attention, instant par instant, parce que les personnages nous plaisent, et nous amusent leurs rapports […]. C’est à coup sûr commettre le plus gros contresens sur le film que de lui faire grief de n’être point un documentaire sur l’autodrome de Montlhéry ou la montagne Sainte-Geneviève […]. Il me semble donc qu’apparaît ici un nouveau Becker, qui n’est peut-être que le vrai."
9) Sur Les Vacances de M. Hulot :
- Gilbert Salachas dans Télé-Ciné, mai-juin 1953 :
"Hulot traverse ingénument la vie avec l'inaltérable optimisme des purs. Il promène sur ce qui l'entoure un regard émerveillé et toujours curieux. C'est un solitaire paradoxalement sociable. Ses tentatives inlassables pour s'intégrer à la communauté demeurent infructueuses ; sa politesse naturelle et gauche, sa générosité sans arrière-pensée le rendent suspect, et sa disponibilité à rendre service se révèle maladroite et gênante... Il a troublé, scandalisé par son excessive vitalité et ses si sympathiques maladresses la routine de la station d'été. Heureux monsieur Hulot par qui le scandale arrive."
- Revue de presse sur le site de la Cinémathèque Française
FLORILEGE CAHIERS DU CINEMA/POSITIF :
A lire ICI
Avis :
Chères lectrices, chers lecteurs, tout autre document, lien, référence, extrait de texte de votre connaissance, concernant cette année, est le bienvenu...
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12/04/2013
Sur vos écrans en 1953
EDITORIAL :
Par Edouard S.
Doo-doo-doo-doo / Doo-doo-doo-doo-doo-doo / Doo-doo-doo-doo-doo-doo / Doo-doo-doo-doo-doo-doo / I’m singing in the rain / Just singing in the rain / What a glorious feelin’ / I’m happy again / I’m laughing at clouds / So dark up above / The sun’s in my heart / And I’m ready for love...
1953. En Union Soviétique, la mort du "petit père des peuples" a eclipsé celle de Prokofiev, survenue le même jour de mars. Aux Etats-Unis, le Président Eisenhower a débuté son mandat. Dans l'hexagone, c'est René Coty qui a été élu. Django Reinhardt a gratté sa guitare pour la dernière fois, Louison Bobet a gagné son premier Tour de France. Et le temps a été pourri... Pourtant, tout le monde a chanté. Un même refrain. Nous aussi, à Zoom Arrière, nous l'avons repris à tue-tête.
Avec Chantons sous la pluie, Gene Kelly et Stanley Donen nous ont rempli de joie, en signant l'apothéose (provisoire ?) d'un genre. Les promesses d'Un jour à New York, leur première réalisation en duo, ont été dépassées au-delà de tout ce que l'on pouvait imaginer. Chantons sous la pluie est une éblouissante comédie musicale dont le génie est de s'adresser à tous les publics sans se rabaisser devant aucun, étant à la fois réflexive (par rapport au cinéma) et divertissante au "premier degré".
Bien sûr, pendant toute une année de cinéma, un bonheur arrive rarement seul. Pour ne parler, pour l'instant, que de l'Amérique, une nouvelle fois dominatrice, nous avons reçu notre lot de présents dans tous les genres. Ce fut ainsi une grande année de westerns : de L'Appât, le nouveau Mann-Stewart, au magnifique Convoi de femmes, de l'élégiaque Captive aux yeux clairs à L'Homme des vallées perdues, et j'en passe... Même Fritz Lang y est revenu, avec bonheur, pour L'Ange des Maudits. Mais c'est avant tout son nouveau film criminel qui a marqué nos esprits : l'hyper-violent Règlement de comptes est l'un des sommets de la longue carrière du réalisateur de M le Maudit. La chronique fordienne se porte toujours aussi bien, si l'on en croit les camarades qui ont pu découvrir Le Soleil brille pour tout le monde et le divertissement hollywoodien a été au rendez-vous avec Chérie je me sens rajeunir, Le Corsaire Rouge et autres Scaramouche. De leur côté, Minnelli, Preminger, Ray se sont maintenus au premier rang. Compte tenu de cette abondance (et, parfois, d'un accueil moins enthousiaste que d'ordinaire), Hitchcock, Mankiewicz, Kazan, Huston ou Cukor ont paru cette année en retrait.
Et si l'on sort de la sphère américaine ? On note le bel effort d'un Peter Lorre passant à la réalisation (Un homme perdu), la bonne tenue d'un Powell - Pressburger de dix ans d'âge (Colonel Blimp, daté de 1943), la nouvelle réussite du couple Bergman - Rossellini (Europe 51), l'excellence d'un Carol Reed trop peu vu (L'Homme de Berlin), l'éclatante facilité de Jean Renoir à mener à bien une production internationale (Le Carrosse d'or), les détours de Luis Buñuel vers un cinéma plus "commercial" (Susana la perverse, L'Enjôleuse)...
Par chez nous, Max Ophuls a continué, avec Madame de, sur la belle lancée de La Ronde et du Plaisir, Jacques Tati a largement confirmé (pour ceux qui ne sont pas allergiques à son comique singulier) avec Les (merveilleuses) Vacances de Monsieur Hulot que la réussite de Jour de fête n'était pas accidentelle, Becker, Guitry et Pagnol ont a nouveau su convaincre plusieurs d'entre nous, alors que Carné, Allégret et Autant-Lara ont eu beaucoup plus de mal (ce qui apparaît, aux yeux de votre serviteur, plutôt injuste). Le Salaire de la peur fit figure d'événement cinématographique, en France et ailleurs. Le solide film de Clouzot récolta des kilomètres d'écrits dans la presse, une pluie de récompenses et un succès au box-office. Il se retrouve dans notre tableau, bien placé mais pas aussi haut que l'on pouvait s'y attendre. En réaction au battage, peut-être...
Pour finir, et parlant de battage, est-il besoin de rappeler qu'en 1953, il fut partout question de Cinémascope, de 3D, de relief, mais aussi, de manière moins "technique", de la chute de reins de Marilyn Monroe s'affichant devant d'autres chutes, celles du Niagara ?
LES CONSEILS DE NOTRE EQUIPE :
Une liste de 101 longs métrages (sur les 584 sortis en salles) et de 3 courts, avec, pour les étoiles en couleur, des liens vers des textes écrits par les contributeurs.
| Antoine | Buster | Christophe | Dr.Orlof | Edouard | Jean-Luc | Jocelyn | Ludovic | Nolan | Timothée | Vincent | |
| Chantons sous la pluie (Donen & Kelly) | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | **** | |
| Règlement de comptes (Lang) | **** | **** | **** | *** | **** | *** | *** | *** | **** | *** | **** |
| Madame de (Ophuls) | **** | **** | **** | *** | **** | *** | **** | *** | |||
| Les Ensorcelés (Minnelli) | **** | *** | ** | **** | **** | **** | **** | *** | **** | ||
| La Captive aux yeux clairs (Hawks) | *** | **** | **** | *** | *** | *** | *** | *** | **** | ||
| Convoi de femmes (Wellman) | **** | **** | **** | ** | **** | ||||||
| Le Soleil brille pour tout le monde (Ford) | **** | **** | *** | **** | |||||||
| Les Vacances de Monsieur Hulot (Tati) | * | **** | ° | **** | **** | *** | **** | **** | **** | **** | |
| Un si doux visage (Preminger) | *** | **** | **** | *** | *** | *** | *** | *** | *** | *** | |
| L'Appât (Mann) | **** | **** | *** | *** | *** | *** | |||||
| Les Indomptables (Ray) | *** | **** | **** | *** | |||||||
| L'Ange des maudits (Lang) | **** | *** | *** | *** | *** | ** | *** | *** | |||
| Le Gaucho (Tourneur) | **** | **** | |||||||||
| Colonel Blimp (Powell & Pressburger) | ** | **** | ** | *** | ** | **** | *** | ||||
| Europe 51 (Rossellini) | *** | **** | ** | *** | *** | ** | *** | ||||
| Un homme perdu (Lorre) | *** | *** | *** | *** | |||||||
| Le Salaire de la peur (Clouzot) | ** | *** | ** | ** | *** | ** | *** | *** | *** | ** | *** |
| Le Carrosse d'or (Renoir) | ** | **** | *** | *** | ** | ** | * | **** | |||
| Scaramouche (Sidney) | *** | *** | ** | *** | *** | ** | ** | *** | |||
| Rue de l'Estrapade (Becker) | *** | **** | |||||||||
| Manon des sources (Pagnol) | *** | **** | ** | ** | * | **** | |||||
| Au-delà du Missouri (Wellman) | *** | ** | **** | ||||||||
| Chérie je me sens rajeunir (Hawks) | *** | *** | *** | ** | ** | *** | * | ** | *** | ||
| L'Enigme du Chicago-Express (Fleischer) | ** | *** | *** | ** | *** | ||||||
| Les Statues meurent aussi (Resnais, cm) | *** | *** | ** | ** | ** | *** | |||||
| La Loi du silence (Hitchcock) | *** | ** | * | *** | ** | ** | *** | *** | ** | ||
| Le Monde lui appartient (Walsh) | *** | ** | ** | ** | *** | ||||||
| Susana la perverse (Buñuel) | **** | ** | ** | ** | |||||||
| La Bergère et le ramoneur (Grimault) | ** | *** | *** | ||||||||
| La Vie d'un honnête homme (Guitry) | *** | *** | |||||||||
| L'Homme de Berlin (Reed) | *** | *** | |||||||||
| L'Enjôleuse (Buñuel) | **** | ||||||||||
| Jules César (Mankiewicz) | ** | ** | *** | *** | * | ** | ** | ** | ** | ||
| Le Corsaire rouge (Siodmak) | ** | * | *** | ** | ** | *** | ** | ||||
| Viva Zapata (Kazan) | ** | ** | ** | *** | ** | ** | |||||
| Le Prisonnier de Zenda (Thorpe) | ** | *** | ** | ** | ** | ** | |||||
| Bas les masques (Brooks) | ** | ** | ** | *** | |||||||
| Ça commence à Vera Cruz (Siegel) | ** | *** | ** | ||||||||
| L'Homme au masque de cire (DeToth) | *** | * | *** | ||||||||
| Les Aventures de Peter Pan (Disney) | * | ** | ** | **** | * | ** | |||||
| Niagara (Hathaway) | ** | ** | ** | ** | ** | ** | |||||
| L'Homme des vallées perdues (Stevens) | *** | * | ** | ** | ** | ||||||
| La Belle de New York (Walters) | * | ** | ** | ** | *** | ||||||
| Le Relais de l'or maudit (Huggins) | ** | *** | |||||||||
| Le Voyage de la peur (Lupino) | *** | ** | |||||||||
| Mademoiselle Gagne-Tout (Cukor) | ** | ** | ** | ** | |||||||
| Sous le plus grand chapiteau du monde (De Mille) | * | *** | ** | ** | |||||||
| Barbe-Noire le pirate (Walsh) | ** | ** | ** | * | ** | ** | * | ** | |||
| Moulin-Rouge (Huston) | * | * | ** | * | **** | ||||||
| L'Enquête est close (Tourneur) | *** | * | ** | ||||||||
| La Mission du commandant Lex (De Toth) | ** | ** | ** | ||||||||
| Le Quatrième Homme (Karlson) | *** | ||||||||||
| Les Neiges du Kilimandjaro (King) | ** | * | ** | ** | |||||||
| Stalag 17 (Wilder) | ** | * | ** | ** | |||||||
| La Maîtresse de fer (Douglas) | ** | ** | |||||||||
| Le Bon Dieu sans confession (Autant-Lara) | * | *** | |||||||||
| Le Déserteur de Fort Alamo (Boetticher) | ** | ** | |||||||||
| Quo Vadis (Le Roy) | ** | * | ** | ||||||||
| Le Cirque infernal (Brooks) | ** | ** | * | ||||||||
| La Tunique (Koster) | * | * | ** | ** | |||||||
| Thérèse Raquin (Carné) | * | ° | * | *** | ** | ||||||
| Les Orgueilleux (Allégret) | ° | ** | * | ** | * | ** | |||||
| Le Retour de Don Camillo (Duvivier) | * | * | * | * | * | ** | |||||
| Les Trois Mousquetaires (Hunebelle) | * | * | ** | * | |||||||
| La Lune était bleue (Preminger) | * | * | ** | ||||||||
| Crin Blanc (Lamorisse, cm) | ** | * | * | ||||||||
| Le Renne blanc (Blomberg) | * | ** | |||||||||
| Le Météore de la nuit (Arnold) | ** | * | |||||||||
| Troublez-moi ce soir (Baker) | * | ** | |||||||||
| Le Filet (Fernandez) | ° | *** | |||||||||
| Vendredi treize (Lubin) | ** | ||||||||||
| A feu et à sang (Boetticher) | ** | ||||||||||
| Fini de rire (Farrow) | ** | ||||||||||
| Le Cavalier de la mort (De Toth) | ** | ||||||||||
| Les Cinq Survivants (Oboler) | ** | ||||||||||
| Les Flèches brûlées (Enright) | ** | ||||||||||
| Bienvenue monsieur Marshall (Berlanga) | ** | ||||||||||
| Cette sacrée famille (Taurog) | ** | ||||||||||
| L'Affaire de Trinidad (Sherman) | ** | ||||||||||
| L'Homme à la carabine (Thorpe) | ** | ||||||||||
| La Ruelle du péché (Walsh) | ** | ||||||||||
| Station terminus (De Sica) | ** | ||||||||||
| Même les assassins tremblent (Powell) | ** | ||||||||||
| Jezebel (Rapper) | * | * | |||||||||
| La Môme vert-de-gris (Borderie) | * | * | |||||||||
| Le Petit Fugitif (Ashley, Engel & Orkin) | ** | ° | |||||||||
| L'Assassin sans visage (Fleischer & Mann) | * | ||||||||||
| Pâques sanglantes (De Santis) | * | ||||||||||
| Femmes interdites (Gout) | * | ||||||||||
| La Mort d'un commis voyageur (Benedek) | * | ||||||||||
| Heidi (Comencini) | * | ||||||||||
| Le Pirate des sept mers (Salkow) | * | ||||||||||
| Les Amants de Tolède (Decoin) | * | ||||||||||
| Lucrèce Borgia (Christian-Jaque) | * | ||||||||||
| Un caprice de Caroline Chérie (Devaivre) | * | ||||||||||
| Le Vagabond des mers (Keighley) | * | ||||||||||
| Salomé (Dieterle) | * | ||||||||||
| L'Ile inconnue (Bernhard) | ° | ||||||||||
| Maison de rendez-vous (Gout) | ° | ||||||||||
| Le Rideau cramoisi (Astruc, cm) | ° | ||||||||||
| Le Tour du monde de Sadko (Ptouchko) | ° | ||||||||||
| Parachutiste malgré lui (Taurog) | ° | ||||||||||
| Dortoir des grandes (Decoin) | ° | ||||||||||
| Quand tu liras cette lettre (Melville) | ° | ||||||||||
| Antoine | Buster | Christophe | Dr.Orlof | Edouard | Jean-Luc | Jocelyn | Ludovic | Nolan | Timothée | Vincent |
Et ceux que l'on attendra encore longtemps sur nos écrans :
| Antoine | Buster | Christophe | Dr.Orlof | Edouard | Jean-Luc | Jocelyn | Ludovic | Nolan | Timothée | Vincent | |
| Voyage à Tokyo (Ozu) | **** | *** | **** | **** | **** | **** | |||||
| La Fête de Gion (Mizoguchi) | *** | **** | *** | ||||||||
| Frère et sœur (Naruse) | *** |
LES CHOIX DE NOS AMIS, LECTEURS ET AUTRES CONTRIBUTEURS :
Rémi (Il a osé !) :
**** : Chantons sous la pluie / Madame de… / L'Appât / Le Carrosse d'or / Les Ensorcelés / Le Petit fugitif
*** : Les statues meurent aussi / Le Salaire de la peur
** : Les aventures de Peter Pan
* : Manon des sources / Le retour de Don Camillo
Benjamin (La Kinopithèque) :
**** : Chantons sous la pluie / Colonel Blimp
*** : La Captive aux yeux clairs / Voyage à Tokyo
** : Les vacances de M. Hulot / Les Salaire de la peur
FredMJG (Les nuits du chasseur de films) :
La quinzaine magnifique : Un si doux visage / La captive aux yeux clairs / Règlement de comptes / L’appât / Le carrosse d’or / Les indomptables / Les ensorcelés / Chantons sous la pluie / L’ange des maudits / Madame de / Le voyage de la peur / L’homme au masque de cire / Le salaire de la peur / Chérie je me sens rajeunir / Le corsaire rouge
La bizarrerie [à ne pas rater] : Le renne blanc
Le classique : Europe 51
Les excellentes pelloches : His kind of woman / L’énigme du Chicago-Express / Convoi de femmes / La loi du silence / Colonel Blimp / Bas les masques / Ça commence à Vera Cruz / Scaramouche / Au-delà du Missouri / Niagara / Thérèse Raquin / Viva Zapata / Troublez-moi ce soir / Le relais de l’or maudit / Barbe-Noire le pirate
Le court-métrage : Les statues meurent aussi
La découverte tardive : Le quatrième homme
Les franches rigolades : Quo Vadis / Jules César
(la suite ICI)
Mister Arkadin :
**** : Chantons sous la pluie (10) / L’Ange des maudits (10) / Le Corsaire rouge (9) / L’Appât (9)
*** : Lili (8) / La Captive aux yeux clairs (8) / Le Salaire de la peur (8) / Scaramouche (8) / Chérie je me sens rajeunir (8) / Jules César (8) / La Vie d’un honnête homme (7) / L’Homme de Berlin (7) / Viva Zapata (7) / L’Homme au masque de cire (7) / Niagara (7)
** : Règlement de comptes (6) / Un si doux visage (6) / Les Indomptables (6) / Europe 51 (6) / La Bergère et le ramoneur (6) / Le Prisonnier de Zenda (6) / Bas les masques (6) / L’Homme des vallées perdues (6) / La Loi du silence (5)
* : Quo Vadis (5) / Thérèse Raquin (5) / Madame de (4) / Les Ensorcelés (4) / Le Retour de Don Camillo (4) / Les Trois Mousquetaires (4)
o : Les Vacances de Monsieur Hulot (3) / Le Carrosse d’or (2)
- (vus, mais plus assez de souvenirs pour noter) Convoi de femmes / Le soleil brille pour tout le monde / Manon des sources / Le monde lui appartient / La Belle de New York / Mademoiselle Gagne-Tout / Sous le plus grand chapiteau du monde / Le Cirque infernal / Le Rideau cramoisi / La Tunique
LE BOX-OFFICE :
1. Sous le plus grand chapiteau du monde, Cecil Blount DeMille, 9 488 114 entrées
2. Le Retour de Don Camillo, Julien Duvivier, 7 425 550 entrées
3. Peter Pan, Clyde Geronimi, Wilfred Jackson & Hamilton Luske, 7 255 475 entrées
4. Le Salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot, 6 944 306 entrées
5. Quo Vadis, Mervyn LeRoy, 6 305 593 entrées
LES PRIX ET RECOMPENSES :
- Prix Louis-Delluc : Les Vacances de Monsieur Hulot (Jacques Tati)
- Prix Méliès : Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot)
- Oscar du meilleur film : Sous le plus grand chapiteau du monde (Cecil Blount DeMille)
- Festival de Cannes, Grand Prix : Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot)
- Festival de Berlin, Ours d'or : Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot)
- Festival de Locarno, Léopard d'or : Jules César (Joseph L. Mankiewicz) & Kompozitor Glinka (Grigori Aleksandrov)
REFERENDUM :
L'année 53 vue par Positif ("Dix ans de cinéma", n°50-51-52, mars 1963) :
" - C'est l'année de l'érotisme bunuélien made in Mexico (Susana la perverse, L'Enjôleuse, La Montée au ciel)
- Notre sélection :
Laslo Benedek, Mort d'un commis voyageur / Richard Brooks, Bas les masques / Henri-Georges Clouzot, Le Salaire de la peur / Michael Curtiz, Les Amants de l'enfer / John Huston, La Charge victorieuse / Gene Kelly & Stanley Donen, Chantons sous la pluie / Henry King, La Cible humaine / Joseph Losey, Haines & Le Rôdeur / Vincente Minnelli, Les Ensorcelés / Nicholas Ray, Les Indomptables / Jean Renoir, Le Carrosse d'or / Giuseppe de Santis, Pâques sanglantes & Onze heures sonnaient / George Sidney, Scaramouche / Robert Siodmak, Le Corsaire rouge / Jacques Tati, Les Vacances de Monsieur Hulot / Raoul Walsh, Barbe-Noire le pirate & Les Aventures du Capitaine Wyatt / William Wellman, Convoi de femmes & Au-delà du Missouri"
(Note : La Captive aux yeux clairs, Règlement de comptes, L'Appât, Un si doux visage et L'homme des vallées perdues sont cités pour... 1954)
A VOUS LA PAROLE !
A notre suite, nous vous invitons à dresser votre propre palmarès de l'année et à nous le faire parvenir, par l'intermédiaire des commentaires ou du bouton de contact, afin que nous le mentionnions à son tour ci-dessus.
(vous pouvez consulter la liste de tous les films sortis en France en 1953 sur le site Encyclo-Ciné)
| Tags : 1953, donen, kelly, lang, ophuls, minnelli, hawks, wellman, ford, tati, preminger, mann | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (0) |
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24/03/2013
Dans vos kiosques en 1952
LES PERIODIQUES :
Dans son premier éditorial titré "Pourquoi nous combattrons", une petite revue lyonnaise fondée par Bernard Chardère s'est placée, en mai dernier, dans le sillage de ses "aînées", les Cahiers du Cinéma et Raccords (qui a malheureusement cessé son activité). Positif, c'est son nom, est parvenue, malgré une santé apparemment fragile, à proposer cinq numéros dans l'année. Le champ balayé est relativement vaste : une bonne place est laissée aux critiques mais on y parle aussi musique ou affiches de films, cinéma ibérique ou soviétique, acteurs (Groucho Marx) et actrices (Marlene Dietrich). A l'occasion, des signatures d'horizons divers peuvent apparaître, comme celles de Georges Sadoul, de Jacques Doniol-Valcroze ou d'Henri Agel. L'éventail des goûts est donc large puisque l'on y trouve des éloges de L'Auberge rouge (Autant-Lara), des Olvidados et de La montée au ciel (Buñuel), d'Orphée (Cocteau), du Fleuve (Renoir), de Rashomon (Kurosawa), de La Grande Vie (Schneider) et de Deux sous d'espoir (Castellani). Toutefois, Miracle à Milan (De Sica) et Christ interdit (Malaparte) ont reçu un accueil beaucoup plus réservé, tandis que Julien Duvivier ne semble vraiment pas être en odeur de sainteté, d'abord opposé par Jean-Paul Marquet au grand Jean Vigo puis longuement moqué pour son Don Camillo. Bernard Chardère a publié, sur trois numéros, une étude sur Robert Bresson et Giuseppe De Santis et Marc Donskoï ont fait l'objet de textes. Mais, côté réalisateurs, c'est surtout vers John Huston que la revue a braqué ses projecteurs : le consistant numéro 3 lui est presque entièrement consacré. C'est déjà avec confiance que, pour Positif, nous attendons la suite... (un spécial Jean Vigo est, paraît-il, annoncé).

Aux Cahiers du Cinéma, le rythme de croisière mensuel est pris et les positions s'affirment. Deux œuvres ont été particulièrement mises en avant cette année par la revue : Deux sous d'espoir de Castellani et Les Feux de la rampe de Chaplin (avec notamment douze pages de témoignages et critiques en novembre). L'autre "phare" aura bien sûr été Jean Renoir, qui après la sortie du Fleuve, à eu droit à un copieux ensemble (avec des études complémentaires d'André Bazin et de Maurice Schére, sur le Renoir "français" et le Renoir "américain"). Le souci des Cahiers reste de soutenir "l'avant-garde" du cinéma, que celle-ci soit représentée par Hans Richter, Kenneth Anger, Curtis Harrington, ou bien Renoir, Huston, Ford, Bresson, Buñuel... Au fil des numéros de 1952, nous avons pu lire des textes sur René Clair, Billy Wilder, John Huston, Orson Welles, Stroheim, Murnau, Jiri Trnka, Gene Kelly, Stanley Kramer, ainsi que sur l'adaptation littéraire, le western, la censure, le Kammerspielfilm (par Lotte Eisner). Un hommage a été rendu à Jean-George Auriol et des textes d'Eisenstein (sur Le Cuirassé Potemkine) et de Norman McLaren ont été portés à notre connaissance. Les festivals de Cannes et de Venise ont été largement couverts par la revue, qui a également proposé une grande enquête sur la critique. Des articles favorables ont accompagné les sorties de Rashomon (Kurosawa), de Quatorze heures (Hathaway), du Commando de la mort (Milestone), d'Une Place au soleil (Stevens), du Gouffre aux chimères (Wilder), de Teresa et du Train sifflera trois fois (Zinnemann), de Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque), du Jour où la terre s'arrêta (Wise), de Casque d'or (Becker, qualifié cependant de "faux chef-d'œuvre"), de Jeux interdits (Clément), d'Un Américain à Paris (Minnelli), de L'Affaire Cicéron et d'On murmure dans la ville (Mankiewicz), de Colonel Blimp (Powell), d'Othello (Welles), de L'Homme tranquille (Ford), d'Umberto D. (De Sica), des Belles de nuit (Clair), des Conquérants solitaires (Vermorel), de La Putain respectueuse (Pagliero et Brabant) et de La Vie d'Emile Zola (Dieterle). A plusieurs reprises, l'humour anglais a été prisé (Rires au Paradis, De l'or en barre, L'Homme au complet blanc, Le Major galopant, Le Canard atomique) mais le temps a fini par venir de son "enterrement" (par Gilbert Salachas à propos de Trois dames et un as). D'ailleurs, nous aurons noté la tendance à une sévérité accrue, Bazin s'insurgeant contre la pratique du remake (M Le Maudit de Losey) ou jouant, à notre grand étonnement, Trois femmes d'André Michel contre Le Plaisir de Max Ophuls, Doniol-Valcroze repoussant Carol Reed et Le Banni des îles, d'autres encore critiquant fortement La Poison de Guitry, La Terre tremble de Visconti, La Vérité sur Bébé Donge de Decoin ou Histoire de détective de Wyler. Dans ce registre polémique, s'attaquant au cinéma français "de qualité", Michel Dorsday a publié un article marquant, qui devrait avoir des suites... comme devrait continuer la bataille, à l'intérieur comme à l'extérieur de la revue, autour d'Alfred Hitchcock (voir plus bas).
Toujours de façon (plus ou moins) mensuelle, Image et son a poursuivi sa mue, proposant de multiples fiches filmographiques, des panoramas historiques des cinématographies françaises (par Jean Mitry), danoises, allemandes américaines ou soviétiques, des textes sur l'enseignement du cinéma, sur le langage cinématographique (par Barthélemy Amengual), sur Walt Disney, René Clair, Cesare Zavattini, Fernandel, Marcel Carné ou René Clément.
Au printemps, a paru le numéro 6 de L'Age du Cinéma, consacré au documentaire expérimental et au films d'avant-garde et dans lequel Adonis Kyrou et Robert Benayoun ont pu notamment placer des textes d'Alberto Cavalcanti, d'Hans Richter, de Lotte Eisner, de Brunius ou de Curtis Harrington. Ce fut malheureusement un baroud d'honneur, un ultime numéro pour cette revue "surréaliste". Souhaitons que ses créateurs trouvent prochainement une nouvelle tribune.
De même, l'hebdomadaire L'Ecran Français n'est plus depuis mars et son numéro 348 qui arborait le visage de Gérard Philipe en Fanfan la Tulipe.
(Edouard S.)
LES TEXTES CRITIQUES :
"Le cinéma est mort"
(sur Adorables créatures de Christian-Jaque)
par Michel Dorsday dans les Cahiers du Cinéma n°16, octobre 1952
Extraits :
"Le cinéma français est mort, mort sous la qualité, l'impeccable, le parfait-parfait comme ces grands magasins américains où tout est propre, beau, bien en ordre, sans bavures. Si l'on excepte les inévitables vaudevilles et drames pour l'arrière province, on ne fait plus en France que de bons films, fabriqués, léchés, présentés avec élégance. Et c'est là le désastre. Nous nous calons dans nos fauteuils, nous passons d'excellentes soirées, les femmes sur l'écran ou dans la salle peuvent bien être charmantes ou tapageuses, nous sommes charmés, ravis, engraissés, repus, contents, nous applaudissons à tout rompre, nous félicitons les grands faiseurs avec des mines réjouies de satisfaction, le public, la critique ont les trompettes du triomphe. Dans les festivals, l'on nous donne des prix. On dit la qualité française. Et nous ne pensons plus. Voilà le résultat acquis après un conscient labeur par nos hommes de talent. Jacques Becker, Julien Duvivier, Jean Delannoy, Christian-Jaque (pour ne prendre que les plus cotés) ont mille talents : ils aiment les beaux sujets, ils les animent avec raffinement, et si, par hasard, il y avait autres choses à tirer, le raffinement tue ces choses.
(...) C'est le propre de tous les moments d'annoncer l'apocalypse. J'ai tout à l'heure dit que le cinéma français était mort, espérant une réponse différente. Et pourtant... Je sais bien que ceux dont j'ai parlé ne sont pas les seuls. D'Henri-Georges Clouzot à René Clément, de Decoin à Bresson, de Daquin à Allégret, il y a des lumières possibles et je ne dis pas le contraire, mais ils seront de plus en plus isolés. Le cinéma français est mort car son climat est autour des Christian-Jaque, son efficacité autour de ces faiseurs, parce que vingt années d'éducation au spectateur ont porté leurs fruits, le spectateur ne tolère plus les inepties, mais il est toujours aussi inerte dans sa masse devant le génie, qui ne peut se manifester dans notre société que par bombe (Le Diable au corps) et son éducation à demi le rejette vers le brillant, vers l'aimable, comme ces jeunes filles qui aiment Meyerbeer parce qu'on leur a appris à pianoter, mais qui ne peuvent comprendre Debussy ou Ravel, et encore moins par surcroît Schönberg et Olivier Massiaen.
(...) Le cinéma français est mort, mais il est caractéristique que le seul qui puisse nous apporter une œuvre déjà forte et déjà admirable, d'un style qui n'appartient qu'à lui soit d'ici et de là, de partout et de toujours, homme seul qui marche dans la ville, qui travaille où il est libre, qui rêve où il peut rêver, dont les thèmes sont bien marqués et pourtant aussi de partout et de toujours, que ce soit dans les ruines, sur les reflets du canal trouble ou sur le visage de la superbe putain et du noir traqué, Marcello Pagliero. Et ce sera notre espérance."
"De l'honnêteté : Los Olvidados de Luis Buñuel"
par Bernard Chardère dans Positif n°1, mai 1952
Premières lignes :
"Après sept ans de vie de famille, d'historiographie officelle - et échappant au danger de la pièce de patronage - Racine donne une réplique à Phèdre avec Athalie.
Après dix-huit ans consacrés à tourner des films de série, l'auteur du Chien Andalou (1928) et de L'Âge d'or (1930) donne un pendant à Las Hurdes (1932) avec un chef d'œuvre plus accompli et pour ainsi dire parfait : Los Olvidados (1950).
Buñuel n'a même pas eu, tel Bresson entre les Dames (44) et le Journal (50), le silence et le calme pour méditer, pour créer. Et malgré le succès des Olvidados (tournés en quatre semaines, on le sait, avec très peu d'argent - d'où l'obligation, par exemple, de remplacer un extérieur ou même un décor par une toile peinte) loin d'avoir maintenant les mains libres, Buñuel a dû se remettre, parait-il, aux productions commerciales...
Dans cette lutte incessante contre le Dollar, on a vu Stroheim, Welles et d'autres (quelles difficultés n'a pas rencontrées Chaplin) succomber. Si Buñuel a gardé intact son besoin de témoigner vigoureusement, on peut supposer que maints efforts pour le faire ont été longtemps tenus en échec par des puissances matérielles (financières et idéologiques), plus fortes qu'une volonté d'artiste : et voilà qui suffirait à justifier, ne disons pas le pessimisme - Los Olvidados n'est pas pessimiste, nous l'allons voir, puisqu'il marque une certaine confiance en l'homme - mais le manque d'optimisme annoncé en prologue."
Dernières lignes :
"Sans moralisme ni didactisme, s'appliquant avant tout à une tragédie sur un sujet de notre temps, Buñuel nous donne aussi - pour reprendre un titre d'Eluard - une leçon de morale.
Nous saurons désormais que ces actions accomplies alors qu'il n'est pas possible, qu'on n'est pas libre de faire autrement, nul n'a le droit de les condamner, mais bien, s'il ne peut les supporter (et il ne faut pas les supporter) le devoir de travailler à les supprimer.
Quand maintenant nous penserons "cinéma", nous aurons à l'esprit Los Olvidados, chef d'œuvre sans faille ; cette scène par exemple entre Jaïbo et la mère de Pedro qui intègre musique et théâtre, dose le silence et la parole, montre enfin comment le cinéma peut être plus qu'un art autonome : le couronnement de tous les arts. Et davantage, lorsque désormais nous dirons : un honnête homme, nous pourrons penser à Luis Buñuel."
Aussi dans les Cahiers du Cinéma :
"Renoir français" par André Bazin, n°8, janvier 1952
"Marcel Pagliero ou le malentendu" par Robert Pilati, n°9, février 1952
"Le ghetto concentrationnaire" sur Ghetto Terezin par André Bazin, n°9, février 1952
"Trilogie mystique de Dreyer" par Lo Duca, n°9, février 1952
"Suprématie du sujet" sur L'Inconnu du Nord-Express par Hans Lucas, n°10, mars 1952
"Fausse monnaie" sur Duel avec la mort par Jacques Nobecourt, n°10, mars 1952
"Le roman d'un tricheur" sur Le Gouffre aux chimères par Lo Duca, n°11, avril 1952
"Le soupçon" sur Une Femme disparaît par Maurice Schérer, n°12, mai 1952
"Gene Kelly, auteur de films et homme-orchestre" par Jean Mysrine, n°14, juillet-août 1952
"Personne ne gagne" sur L'Affaire Cicéron par Robert Pilati, n°14, juillet-août 1952
"Défense et illustration du découpage classique" par Hans Lucas, n°15, septembre 1952
"Un homme marche dans la trahison" sur Le Train sifflera trois fois par Jacques Doniol-Valcroze, n°16, octobre 1952
"Si Charlot ne meure" sur Les Feux de la rampe par André Bazin, n°17, novembre 1952
"Néo-réalisme et phénoménologie" par Amédée Ayfre, n°17, novembre 1952
"Paix et tradition" sur L'Homme tranquille par Jacques Doniol-Valcroze, n°17, novembre 1952
"Le feu et la glace" sur F.W. Murnau et l'expressionnisme par Alexandre Astruc, n°18, décembre 1952
"Fleurs et couronnes" sur Trois dames et un as par Gilbert Salachas, n°18, décembre 1952
Aussi dans Positif :
"Sincérité et double jeu : d'un Duvivier à Jean Vigo" par Jean-Paul Marquet, n°2, juin 1952
"Le bateau de Sisyphe" sur African Queen par Jacques Demeure et Michel Subiela, n°3, été 1952
"Et qui rira, verra" sur Le Trésor de la sierra Madre par Michel Subiela, n°3, été 1952
"Un homme dont l'œuvre sonne fier... Marc Donskoï" par André Desvallées, n°5, décembre 1952
LA POLEMIQUE :
Alfred Hitchcock dans les Cahiers du Cinéma :
"Il est probable que le dernier film de Hitchcock suscitera des querelles. Un critique dira qu'il est indigne de l'auteur des 39 marches ou même de L'Ombre d'un doute, l'autre le trouvera à peine plaisant et louera de ses qualités jusqu'à ce qu'elles empruntent parfois de fausse modestie. mais ceux qui ont pour Alfred Hitchcock, pour Blackmail autant que pour Notorious, une grande et continuelle admiration, ceux qui trouvent chez ce metteur en scène tout le talent que demande le bon cinéma, ceux-là se comptent sur les doigts de la main. Décrié outrageusement par les uns tandis que les autres font la moue, en quoi donc Alfred Hitchcock mérite-t-il de nous intéresser ? (...) Maintenant, que certains critiques, ayant vu Strangers on a train, refusent leur admiration à Hitchcock pour la mieux porter à The River, à ceux-là mêmes qui critiquèrent si fort et si longtemps Jean Renoir demeurer en Hollywood, puisqu'ils éprouvent un goût si vif pour la parodie, je demanderai : ces étrangers dans un train, n'est-ce pas eux-mêmes dans la pratique de leur devoir." (Hans Lucas, "Suprématie du sujet" sur L'Inconnu du Nord-Express, n°10, mars 1952)
"Car il se pose une autre question, un autre problème, celui du contenu même des films. Je vois bien, naturellement, ce que cache l'éloge outrancier, sympathiquement hypocrite ou juvénilement paradoxal, de la manière récente de Hitchcock par l'école Schérer, éloges qui n'ont contre eux que leur légère abondance - et je ne me laisse pas du tout aller à la tentation de confondre sujet et contenu. Je n'aime ni la musique à programme, ni la peinture à sujet, précisément dans la mesure où le programme tue la musique, et le sujet, la peinture." (Pierre Kast, "Fiançailles avec le notaire - Notes sur Conrad et le cinéma", n°12, mai 1952)
"Non, Hitchcock n'est pas seulement un habile technicien - et au nom de quoi ériger la maladresse en vertu ? - mais un des plus originaux et profonds auteurs de toute l'histoire du cinéma. D'autres ont choisi d'autres voies, celles des demi-teintes et de la vraisemblance. Mais si le goût de l'extraordinaire n'est pas la garantie du génie, faut-il en conclure qu'il soit avec lui incompatible ? J'irai plus loin : c'est l'invraisemblance même de la donnée qui donne aux détails de la facture cet accent de vérité qui, en Hitchcock, à tout moment me délècte. Je sais qu'il est des cinéastes qui se proclament plus tapageusement attentifs aux petites choses, au réalisme de temps et de lieu, et pourtant, pour ne prendre qu'un exemple, qui d'entre eux se flatteraient d'avoir rendu avec plus d'exactitude le sentiment de l'heure que dans cet admirable passage de La Corde où, dans le brouhaha de la conversation qui languit la lumière bleutée du jour finissant, s'estompe sous le faisceau jaune de la lampe tout d'un coup allumée ?" (Maurice Schérer, "Le soupçon" sur Une Femme disparaît, n°12, mai 1952)
"Il y a vingt ans, pour soutenir la comparaison avec Vigo, Renoir ou Clair, nous ne pouvions pratiquement citer que deux réalisateurs doués mais mineurs, Asquith et Hitchcock, dont on ne peut en aucune façon prétendre qu'ils aient créés une école. Leurs films - pour Asquith, sa comédie satirique : Shooting stars, sa charmante amourette Edouardienne : Dance Pretty Lady, son récit de la campagne de Gallipoli : Tell England, et pour Hitchcock ses meilleurs mélodrames policiers comme Sabotage et The Man who knew too much étaient pleins d'invention et d'intelligence. Mais ces réalisateurs n'avaient ni sens des valeurs, ni humanité réelle et c'est peut-être pour cela que leurs talents tournèrent court. Hitchcock a tourné aux Etats-Unis des films divertissants mais qui ne marquent aucun progrès sur ses premières réalisations ; Asquith a apparemment abandonné toute recherche de l'originalité et se contente de discrètes adaptations de pièces de théâtre. Ils poursuivent leur chemin dans le vide, un vide dont ils ne sortent que rarement ; cette sorte de destin est hélas ! le fait de nombreux réalisateurs anglais." (Gavin Lambert, "Lettre de Londres", n°14, juillet-août 1952)
"Ces films ont un autre intérêt. Ils se situent au terme de la carrière muette d'Hitchcock. Ils permettent donc de faire le point. La sûreté de ton, les trouvailles du récit, la richesse de syntaxe montrent qu'Hitchcock est devenu maître de son art. Il ne fera que transposer ou adapter au parlant cette virtuosité exemplaire, et l'enrichir des possibilités offertes par l'image-son. (...) Hitchcock cultivera son sens de l'ellipse, qui deviendra l'une des constantes raffinées de son œuvre. La direction des interprètes tendra vers une stylisation presque unique dans l'histoire du cinéma. Mais nous avancerons qu'elle était déjà presque parfaite en 1928. Et Hollywood, troisième étape après Munich Elstree, fera d'Hitchcock davantage qu'un metteur en scène : un véritable auteur de films." (Raymond Borde et Etienne Chaumeton, "Flash-back sur Hitchcock", sur The Ring et Champagne, n°17, novembre 1952)
COMPLEMENTS DE LECTURE :
1) "L'invention de la baignade avec Suédoises" sur Elle n'a dansé qu'un seul été par Philippe D'Hugues, Le Figaro
2) Sur L'Homme tranquille :
- "John Ford's festive comedy : Ireland imagined in The Quiet man" par William C. Dowling (en anglais)
- Extrait de About John Ford de Lindsay Anderson (1980, édition française Hatier 1985) :
"Nous savons tous qu'Inisfree n'existe pas sur la carte d’Irlande. The quiet man est censé être un film contemporain, mais si quelques détails rapidement entrevus, un téléphone ou une bicyclette, le relient à ce siècle, même la voiture de l'évêque a un air d'avant 1914. Ce film est traité comme un conte de fée et les personnages farfelus qui peuplent cette fable ne doivent pas être plus critiqués pour toutes leurs outrances que ne doit l'être la description trop idyllique d'une Irlande verte et fertile. Ce film au rythme modéré, si riche dans ses détails humoristiques, si impudent dans ses digressions, montre plus qu'aucun autre l'insouciance et la maturité que l'art de Ford a acquit avec le temps."
3) Extrait de Anthony Mann de Jean Claude Missiaen (Editions universitaires, 1964) :
"Dans la lignée du Convoi des braves, la valeur historique des Affameurs se confond avec celle de la déjà lointaine Caravane vers l'Ouest de James Cruze. Sans efforts apparents la caméra d'Anthony Mann s'attache à la longue file de chariots, la traque sous les angles le plus variés et finit, par en épouser les contours et le rythme, captant un peu de cette poussière de l'Ouest dont la découverte, sous les sabots ferrés des chevaux transporta naguère Jean Cocteau."
4) Extraits sur Belles de nuit :
- "La bêtise n'est pas le fort de René Clair, peut être même est-il le plus intelligent des metteurs en scène, du moins dans cette acceptation un peu restrictive du mot qui définit surtout la lucidité. Il n'y a plus qu'à tirer l'échelle de soie. Poésie, invention, fantaisie, éblouissante maîtrise, et ce goût si rare. Je ne prendrai qu'un exemple. Quand la première belle est au piano devant Claude, une ombre courbe en forme de violon ou d'épaule emplit l'écran, glisse jusqu'au lit du dormeur." (Yves Florenne, Le Monde, 16 septembre 1952)
- "Ennemi d'un réalisme naïvement copié de la vie, Clair répugne tout autant à un onirisme qui prétendrait figurer le rêve. Complexe, Belles de nuit ressemble à son auteur." (Olivier Barrot, René Clair ou le temps mesuré, Hatier, 1985)
- "Malheureusement La Beauté du Diable fut suivi par Les Belles de nuit et là, l'échec est d'autant plus grave que René Clair a essayé de retrouver René Clair sans jamais y réussir. Il y a assurément quelque chose d'infiniment triste dans cette quête de fantômes. Corneille vieillissant cherchait il à retrouver Chimène ? Mais René Clair vieillit mal. Ce qu'il y avait d'un peu sec en lui s'accuse, ce qu'il y avait d'amusant devient de l'ingéniosité. Il cherche René Clair mais il fait un pastiche de René Clair. Il cherche Le Million mais n'en trouve que la carcasse et les fusées noircies. Il cherche la naïveté, le décor désuet, la tendresse, et il ne trouve plus que des barbouillages de tir forain. La force, l'élan poétique, la création continuelle, la richesse d'invention, l’abondance du René Clair d'autrefois, la jeunesse en un mot, l'ont abandonné. Il s'en tire pauvrement en mettant Gérard Philippe à toutes les sauces. Cela ne sauve rien. Cela n'a pas d'âme. Et cette fantaisie montre ses ficelles." (M. Bardèche et R. Brasillach, Histoire du cinéma, 1954)
5) Extrait de Hitchcock de Donald Spoto (1976, edition française Edilig 1986), à propos d'Une Femme disparaît :
"Les 39 marches et Une Femme disparaît sont encore aujourd'hui les films d'Hitchcock les plus populaires de sa période britannique. Ceux qui considèrent que ce dernier est le meilleur film de sa carrière sont, selon moi, ceux qui demandent avant tout à un film d'être un brillant divertissement. Une Femme disparaît, c'est indéniable, possède cette qualité. C'est un "thriller" comique de premier ordre, un film d'atmosphère insouciant et plein d'entrain. Adapté du roman d'Ethel Lina White, "The Wheel spins", le scénario concocté par Sidney Gilliat et Frank Launders est un délicieux soufflé qui se savoure du premier au dernier plan. l'action se passe la plupart du temps dans un train qui se dirige vers Londres en provenance, semble-t-il, d'Autriche. Le dialogue pétille d'intelligence et alterne l'humour et le paradoxe avec un sens très britannique de "l'understatement". Je ne voudrais pas que l'on croit à une condamnation si je dis que ce film manque d'épaisseur. Hitchcock sait ce qu'il fait depuis le début. On trouve en effet des signes et des repères suggérant des thèmes qui seront repris dans des œuvres plus graves tournées par la suite. Ne boudons pas notre plaisir, ce film est un pur divertissement."
6) "Criss-cross : Une analyse pas à pas de L'Inconnu du Nord Express" par Stéphane Goudet, Positif n°470, avril 2000
7) Extrait de "La mémoire et le mouvant", sur Le Plaisir, par Barthélemy Amengual, Positif n°232-233, juillet-août 1980 :
"Je tiens Le Plaisir moins peut-être pour le film ophulsien par excellence que pour le chef-d'œuvre absolu de son auteur ; je le place plus haut que Liebelei et Lettre d'une inconnue. Disant Le Plaisir j'entends, bien sûr, La Maison Tellier. Le Masque, Le Modèle, restituent Maupassant tel qu'en lui-même, avec sa science de conteur, sa noirceur méchante, son mouvement paradoxalement sec et ample, ses grimaces et ses limites. La Maison Tellier - comme la Partie de campagne filmée par Renoir - suscite un Maupassant transfiguré, exactement lui-même, et plus rayonnant, plus profond, plus juste, plus bouleversant que lui-même. L'eschatologie chrétienne doit viser quelque chose d'analogue quand elle parle de "corps glorieux"."
8) Propos d'Akira Kurosawa sur Rashomon (recueillis par Donald Richie et publiés dans Sight and Sound, été 1964, repris dans Positif n°461-462, juillet-août 1999)
"Les Japonais sont toujours terriblement critiques envers les films japonais, aussi n'est-ce pas surprenant qu'un étranger ait été responsable de l'envoi de ce film. C'est la même chose avec la sculpture japonaise sur bois : les étrangers ont été les premiers à l'apprécier. On apprécie si peu nos propres choses. En fait, Rashomon n'était pas aussi bon que ça. Quand je m'exprime ainsi, les gens me disent alors : "Vous, Japonais, vous appréciez si peu vos propres choses. Pourquoi ne vous levez-vous pas pour défendre votre film ? De quoi avez-vous peur ?" La chose qui m'a le plus surpris dans le film était le travail de l'opérateur. Kazuo Miyagawa était inquiet de savoir si c'était d'une qualité suffisante. Takashi Shimura, qui le connaissait depuis longtemps, m'a raconté ses angoisses. J'ai vu le premier jour des rushes et je savais. C'était absolument parfait."
9) Extrait de John Huston de Robert Benayoun (Seghers, 1966), à propos de La Charge victorieuse :
"Il est difficile de gloser sur le déroulement lui-même d'épisodes dont l'ordre fut altéré, tant les manques sont évidents (nous voyons une charge au lieu de trois), mais la mise en scène demeure. A travers coupures et refontes, le film garde l'impact d'un reportage mental ou d'une enquête sur le chaos. On pourrait plus facilement désorganiser au montage les batailles d'un Milestone qu'ordonner à contre-courant celles somptueusement égarées de Huston. Leurs lignes de force sont trop folles et leur lyrisme trop rageur. Surtout, elles cèdent le pas, dans les beaux moments d'accalmie (deux sentinelles ennemies se hèlent dans la nuit), à une chaude humanité, à un humour familier qu'il est ardu de pervertir."
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