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07/03/2020

Sur vos écrans en 1943

EDITORIAL :

Par Vincent J.

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1943, le tournant, les tournages

L'année 1943 marque un tournant de la Seconde Guerre Mondiale. La capitulation à Stalingrad début février marque la première grande défaite de l'armée allemande sur le front de l'Est. Les forces de l'axe sont défaites en Afrique du Nord et, le 9 juillet, les Alliés débarquent en Sicile. Face à leur avance, le roi Victor-Emmanuel III obtient la démission de Benito Mussolini et de son gouvernement le 25 juillet. Dans la foulée, l’Italie demande un armistice qui amène les allemands à envahir la péninsule. Le 9 septembre, Rome est envahie par les troupes allemandes qui pillent le "Centro Sperimentale di Cinematographia", école créée dans les années trente, et ses riches collections de films. L'impact de ces événements va rejaillir sur le cinéma français, sur la partie du moins qui était installée dans les Alpes-Maritimes autour des studios de la Victorine, alors sous contrôle italien. Deux productions sont alors en chantier : le nouveau film de Marcel Carné, Les Enfants du paradis et La Boîte aux rêves de Jean Choux et Yves Allégret. Carné, Jacques Prévert et l'équipe technique, dont certains membres sont dans la clandestinité, comme le décorateur Alexandre Trauner, ont préparé le film dans une villa de Vence. Il bénéficie d'une coproduction avec l'Italie et le tournage a débuté le 16 août. Des liens se sont tissés avec les studios romains de Cinecittà, permettant par ailleurs de transférer des français sous le coup du STO (service du travail obligatoire) ou des juifs pourchassés après la fin de la « zone libre » en 1942. Rapidement l'annonce (fausse) d'un débarquement à Gênes provoque l'interruption des tournages. Le 9 septembre, les troupes allemandes occupent Nice, l'interruption est définitive. Les studios sont fermés et leur patron, André Paulvé, reste seul à essayer de sauver matériel et décors. Les studios Pathé de Paris vont accueillir le film de Carné pour un temps avant un retour dans le Sud en février 1944.
La mort dans l'âme, Abel Gance a quitté la France pour l'Espagne à l'été 43, malgré sa renommée et ses efforts pour se faire retirer de la liste juive. Il avait pourtant été très actif auprès du pouvoir pour développer une production authentiquement française autour de la Victorine. Les studios auront bien fonctionné durant le premier semestre avec surtout L’Éternel retour de Jean Delannoy, l'un des gros succès de l'année qui lancera la mode des pull Jacquard portés par Jean Marais et de la chevelure blonde et lisse de Madeleine Sologne, deux icônes de la jeunesse du moment. Lumière d'été, œuvre majeure de Jean Grémillon, tournée en partie à la Victorine, en partie en Corrèze, sur le site du barrage de l’Aigle en construction (régulièrement saboté par la Résistance), sort dans une atmosphère houleuse et ne sera pleinement apprécié qu'après la Libération. À La Gaude, Marcel Pagnol s'est mis à l'écart et, refusant de travailler pour l'occupant, il développe la culture des œillets en employant le personnel de ses studios comme ouvriers horticoles pour leur éviter le STO en Allemagne.
À Paris, la politique d'Alfred Greven et de la Continental, société de production montée par les Allemands en France, porte de beaux fruits, paradoxe d'une époque. Ce sont les sorties de La Main du Diable de Maurice Tourneur, rare incursion du cinéma français dans le fantastique, de Picpus de Richard Pottier d'après Simenon, de Au Bonheur des Dames d’André Cayatte d'après Émile Zola, du Val d'enfer de Maurice Tourneur, encore lui, et surtout, emblématique de son temps, du Corbeau d’Henri-Georges Clouzot, avec ses lettres anonymes, sa lampe qui se balance entre l'ombre et la lumière et ses français si moyens. Ce sont aussi, hors de la Continental, Marie-Martine d'Albert Valentin, avec une prestation mythique de Saturnin Fabre (« Tiens ta bougie...droite ! »), le premier long métrage de Robert Bresson, Les Anges du pêché, et un premier chef d’œuvre signé Jacques Becker Goupi Main-Rouges, autre peinture d'une certaine France où « la terre ne ment pas » mais pleine d'ironie. Le 8 mars s’éteint Harry Baur. Immense vedette de l'époque à l'égal de Raimu, Baur a régulièrement été accusé d’être juif, voire communiste, par la presse collaborationniste. Malgré les gages donnés à la Continental et un film tourné à Berlin où il a été piégé par la Tobis (autre société de production allemande), il est dénoncé et arrêté par la Gestapo en mai 1942 avec son épouse. Détenu et torturé quatre mois, il est libéré dans un état de faiblesse extrême et les séquelles sont telles qu'il ne se remet pas. Il est enterré au cimetière du Montparnasse et les autorités allemandes, pour ne pas être accusées d'avoir causé la mort d'un acteur si populaire, censurent l'information. Ainsi va le cinéma français en ces temps sombres...

 

LES CONSEILS DE NOTRE EQUIPE :

Une liste de 33 longs métrages (sur les 202 sortis en salles) avec, pour les étoiles en couleur, des liens vers des textes écrits par les contributeurs.

  Christophe Edouard Vincent Ludovic Nolan Dr.Orlof FredMJG
Le Corbeau **** **** **** **** *** *** ****
Goupi Mains rouges **** ** **** **   *** ***
Lumière d'été **   **** ****   *** ****
La Main du diable *** * **** ***   ** ***
Les Anges du péché *** ***   ***   ** ***
Douce **** ***   ***     ***
Le Val d'enfer ****   *** **     **
Le Capitaine Fracasse *** *   ** **   **
L'Eternel Retour °   ** **     ***
Marie-Martine *   ***       **
La Couronne de fer **     **     **
Voyage sans espoir *   ***        
Le Baron fantôme *     *     **
Picpus     ***        
Adieu Léonard     ***        
Lumière dans la nuit ***            
Le Navire blanc **            
La Ville dorée       **      
Au bonheur des dames       **      
L'Homme de Londres       **      
Donne-moi tes yeux **            
La Ferme aux loups             **
Le Comte de Monte-Cristo *     *      
Une femme dans la nuit       *      
Le Loup des Malveneur *            
Secrets       *      
Les Deux Orphelines       *      
Les Mystères de Paris       *      
Le Colonel Chabert *            
Pierre et Jean *            
Dora Nelson *            
La Bonne Etoile °            
Ne le criez pas sur les toits °            
  Christophe Edouard Vincent Ludovic Nolan Dr.Orlof FredMJG

 

LES CHOIX DE NOS AMIS ET LECTEURS :

Pierre :
1-Le corbeau (Clouzot)**** 2-Adieu Léonard (Prévert)**** 3-Goupi mains rouges (Becker)*** 4-Donne moi tes yeux (Guitry)*** 5-Le baron fantôme (de Poligny)*** 6-La main du diable (Tourneur)** 7-Le capitaine Fracasse (Gance)** 8-Au bonheur des dames (Cayatte)** 9-Les mystères de Paris (de Baroncelli)** 10-Le comte de Monte-Cristo (Vernay)** 11-L'éternel retour (Delannoy)** 12-Titanic (Klinger et Selpin)** 13-Forces occultes(Mamy)* 14-Les ailes blanches (Péguy)*

 

A VOUS LA PAROLE !

A notre suite, nous vous invitons à dresser votre propre palmarès de l'année et à nous le faire parvenir, par l'intermédiaire des commentaires ou du bouton de contact, afin que nous le mentionnions à son tour ci-dessus
(vous pouvez consulter la liste de tous les films de long métrage sortis en France en 1943 sur le site Encyclo-Ciné)

Commentaires

Salut, c'est bien la nouvelle direction, surtout pour les gens comme moi qui n'ont même plus le temps de se fendre d'un post face book !

J'ai eu assez vite fait le tour et je peux donc vous dire qu'entre Clouzot et Prévert, c'est un vrai cas de conscience. Donc victoire pour la "mise en scène" je dirais... Et il faudrait revoir le Tourneur, multi-diffusé à la télé durant mon enfance et plus vu depuis l'âge de 16 ans. Enfin bon, y a des grosses lacunes à combler avant !! Sinon, ça doit bien être la seule année où je n'ai pas vu de film américain (il doit bien y avoir des inédits mais tant pis...), c'est un classement un peu... manchot !

1-Le corbeau (Clouzot)****
2-Adieu Léonard (Prévert)****
3-Goupi mains rouges (Becker)***
4-Donne moi tes yeux (Guitry)***
5-Le baron fantôme (de Poligny)***
6-La main du diable (Tourneur)**
7-Le capitaine Fracasse (Gance)**
8-Au bonheur des dames (Cayatte)**
9-Les mystères de Paris (de Baroncelli)**
10-Le comte de Monte-Cristo (Vernay)**
11-L'éternel retour (Delannoy)**
12-Titanic (Klinger et Selpin)**
13-Forces occultes(Mamy)*
14-Les ailes blanches (Péguy)*

Écrit par : pierre | 10/03/2020

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Je suis ravi de croiser un autre enthousiaste pour le film de Prévert ::

Écrit par : Vincent | 10/03/2020

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Je suis un grand fan, j'ai du le voir au moins trois fois. par contre je n'ai toujours pas réussi à voir ses autres films. C'est un film utopiste, un anti-révolution nationale et même, un anti-corbeau !

Écrit par : pierre | 10/03/2020

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